LE PRESIDENT, LE JOURNALISTE ET LES MEDIAS

Les journaux télévisés repassent en boucle les bourdes du Président Trump. Ils se repaissent de ses  saillies les plus aberrantes. Le zozo n’hésite pas à attaquer les médias de son pays en les accusant de diffuser des « fake news ». La vie politique américaine est incroyable. En France, il est exact que c’est totalement différent. Le Président agresse les journalistes en leur reprochant plutôt de dire la vérité.   

Macron-lefig

Emmanuel Macron souffre d’un double handicap : il vient de l’univers policé de la banque et il ne peut s’empêcher de balancer des petites phrases assassines qui témoignent au fond de son mépris du peuple. Dans ces conditions, modifier l’image détestable qui lui colle à la peau est devenu pour lui un objectif stratégique majeur. L’épisode des « gilets jaunes » et la grève contre la réforme des retraites l’ont véritablement traumatisé. Dans son allocution télévisée annonçant l’entrée en vigueur d’une mesure de « confinement » général en mars 2020, il a été incapable d’employer le mot correspondant parce qu’il le jugeait trop dur à infliger aux citoyens. Le bonhomme est tétanisé. Dans le même ordre d’idée, et même ses adversaires en conviendront, il a eu le courage de sortir le chéquier à cette occasion. Durant la période où l’économie était à l’arrêt, la France a mené un programme de préservation des revenus les plus généreux au monde. Peut-être le plus. Le Président n’a pas dit exactement « Quand on aime, on ne compte pas » mais c’était l’intention. Il désire ardemment être aimé en retour.

Pour sortir de ce cercle vicieux, monsieur Macron s’est convaincu qu’il devait tomber la veste, mettre les mains dans le cambouis, bref descendre dans l’arène quand la situation est chaude. Il est ainsi parti successivement dans l’Aude, à la Réunion, à l’hôpital de Mulhouse puis au Liban. En tuba avec palme, en treillis ou en tenue de garagiste, il s’est multiplié sur tous les fronts, espérant (re)conquérir la sympathie de tous. Et ce n’est probablement pas fini ! En outre, il convient d’observer que le Président est de plus en plus réactif : à Beyrouth, il était sur place le lendemain de la catastrophe. L’idéal serait d’être présent le jour même, voire la veille, mais cela reste compliqué à organiser d’un point de vue logistique. Quoi qu’il en soit, au pays du cèdre, le dirigeant de l’« ONG nation » s’est lancé dans un exercice d’équilibre périlleux. Son attitude relevait-elle de l’assistance ou de l’ingérence ? Etait-elle dictée par des impératifs humanitaires ou des relents colonialistes ? Et puis, puisque le Liban a longtemps été la Suisse de l’Orient, Macron n’est-il pas venu au secours de ses amies les banques ?

Dans ce climat explosif, le Président s’en est pris publiquement à un journaliste, Georges Malbrunot, qui avait eu l’outrecuidance de publier des informations sensibles, à savoir qu’il avait rencontré un représentant du Hezbollah, le mouvement chiite libanais. Qu’il s’agisse ou non d’une organisation terroriste n’est pas notre propos. Pour de nombreux pays, il l’est mais il n’est pas simple de classer une association d’individus qui vise délibérément des civils, jusqu’à commettre de terribles carnages comme en Argentine en 1994, tout en jouissant d’un immense soutien populaire. Avec l’appui de juristes inventifs, la politique moderne a décidé de distinguer les branches politique et militaire de ce type de mouvements. Je revêts un uniforme pour commettre des attentats le matin puis je m’habille en costume pour parler à la radio l’après-midi. Mes ennemis sont priés de se défendre militairement exclusivement avant midi. Ce qu’il importe de retenir ici est que le sujet du Hezbollah divise les Européens et que, s’il souhaite parler au nom de l’Europe, Macron doit avancer doucement sur le sujet.

Il apparaît donc qu’en révélant les contacts du Président Macron avec le Hezbollah, le journaliste du Figaro a mis les pieds dans le plat – d’où l’interpellation (uniquement verbale heureusement) dont il a été l’objet. La séquence a été filmée et c’est savoureux. Malbrunot est taxé notamment d’irresponsabilité. La fureur du chef de l’Etat est palpable. On a même l’impression que, pour montrer qu’il est capable de se comporter comme quelqu’un de normal, il serait prêt à lui en mettre une. Il se retient. Il n’est possible que d’imaginer la suite. Une fois avec ses proches conseillers, l’un de ceux-ci essaie d’éteindre l’incendie : « C’est pas vrai, Manu, c’est plus fort que toi ! Tu peux pas t’empêcher ?

– Tu n’as pas compris. Je les veux à ma botte. Ces gens-là doivent être dociles. J’ai envoyé un avertissement. Tu verras le résultat ».

Vive l’auto-censure car le Président avait tout sauf tort. Quelques médias seulement ont mentionné l’incident – et encore, en se contentant d’une sorte de programme minimum. Répétons : monsieur Macron ne se plaint ni d’attaques personnelles, ni d’affabulations. Il reproche à un journaliste d’avoir publié une vérité dérangeante.

La question du Hezbollah a été éludée au même titre. Après le coup de semonce du Président, il aurait fallu être follement téméraire pour s’aventurer sur le sujet. Du coup, la liberté d’expression s’évanouit et la démocratie abandonne la place à une raison qui n’est pas d’Etat mais personnelle. A défaut de guérir la France, tout doit être entrepris pour donner le sentiment de sauver le Liban. Le risque est énorme. Comment obtenir du personnel politique d’un pays qu’il accepte de s’auto-dissoudre et cède les rênes du pays à une génération non corrompue. Si cela passe par des concessions au sulfureux et incontournable Hezbollah, il est essentiel que cela demeure discret. Bien sûr, il existe des moyens additionnels qui pourraient permettre à monsieur Macron d’atteindre son objectif : menacer de bloquer les comptes en France et même en Europe des dignitaires libanais qui refuseraient de rendre les clés du camion. Mais, pour cela, il faudrait demander l’aide des banques. Décidemment, on n’en sort pas.

La maxime :

Cèdre du Liban ou cidre de Plédran ?

Tout ça, c’est pas du flan.

 

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