DESCENDRE DE L’ARBRE

De tous les personnages hauts en couleur des bandes dessinées d’Astérix, le petit chien blanc Idéfix n’est pas forcément celui qui semble le plus pittoresque. Pourtant, une de ses manies mérite notre attention. La vue d’un arbre déraciné le fait fondre en larmes. Si le responsable de ce désastre écologique est un Romain, Obélix entre en jeu pour que l’envie de récidiver lui passe. 

Ses adversaires le présentaient comme un vainqueur improbable, un Droopy sans envergure, le nouveau maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, leur a montré à tous de quel bois il se chauffe. Il a d’abord annoncé que la mairie de Bordeaux supprimerait cette année le sapin de Noël. Mais cette décision ne serait pas l’arbre qui cache la forêt. Elle a été renforcée par une batterie de mesures tout aussi courageuses. Ainsi, la diffusion de la chanson « Jingle bells » qui raconte le martyre d’un cheval auquel d’immondes plaisantins ont accroché des cloches sera interdite sous peine d’une sévère amende. La chanson « Le petit jardin », avec son refrain  « De grâce, de grâce, monsieur le promoteur / De grâce, de grâce, préservez cette grâce / De grâce, de grâce, monsieur le promoteur / Ne coupez pas mes fleurs », qui souligne combien les espaces verts sont menacés par la bétonisation, la remplacera. Quand on se souvient que son interprète historique s’appelle Jacques Dutronc, la gentille bluette est vraiment 100 % écolo compatible.

Et ce n’est pas tout. Le Père Noël a été déclaré persona non grata. A ce stade, il n’est pas question de l’embastiller eu égard à l’image dont il jouit auprès du jeune public. En revanche, dans une logique de décroissance économique, l’orgie de consommation à laquelle le vieux pervers est associé doit être freinée. Rappelons que la moitié des cadeaux de Noël ne sont pas réellement utilisés, qu’ils finissent à la poubelle ou sur une étagère poussiéreuse  – ceux qui seront recyclés ultérieurement sous forme de présents ne sont pas considérés comme du gaspillage. La charte des droits de l’arbre, qui a été promulguée en petite pompe en raison de la pandémie actuelle, parachève cette volonté de marquer les esprits. L’association qui a été créée à cette occasion est présidée par l’homme politique Michel Sapin. Sa première requête a été d’exiger la destruction de toutes les représentations – peintures, statues… – de Milon de Crotone. Pour tester sa force, le butor grec aurait essayé de fendre en deux un vieux chêne avec ses mains, lesquelles seraient restées finalement coincées dans le tronc. Que des loups en maraude aient rendu justice en le dévorant ne change rien à l’affaire. Il faut « déconstruire » le mythe au sens propre.

Sans minimiser le mérite de monsieur Hurmic, Bordeaux n’est pas la première ville à renoncer à la tradition de l’arbre de Noël. D’autres l’ont précédée mais l’argument avancé a toujours été exclusivement économique. Le maire de Bordeaux s’est rabattu sur le coût de l’événement, environ 60 000 euros tout de même, mais seulement dans un deuxième temps, après que sa déclaration initiale eut suscité une levée de boucliers chez les plus réactionnaires de nos concitoyens. Ceux-ci avaient en effet fait feu de tout bois. La première justification était beaucoup plus héroïque. Après une mystérieuse évocation sur des traumatismes qu’il aurait subis dans l’enfance, le gentil Hurmic avait parlé franchement : «  Nous ne mettrons pas des arbres morts sur les places de la ville… Ce n’est pas du tout notre conception de la végétalisation ». Voilà, c’était dit sans langue de bois. L’urgence écologique n’était pas, par exemple, d’instaurer des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique mais plutôt d’aborder toute question, jusqu’à la plus déconnectée de l’écologie, avec les lunettes les plus vertes possibles.

L’Association française du sapin de Noël qui regroupe 130 producteurs a protesté vivement, contestant tout lien entre leur activité et la déforestation. Mais ce n’est pas l’essentiel. Le refus de l’édile d’envisager une solution alternative avec un arbre en plastique est symptomatique. Le but est d’abord éducatif. Une prise de conscience s’impose. Depuis le début de l’humanité, l’homme exploite la nature à son avantage et il est temps que cela cesse. Le massacre des arbres n’a que trop duré. Dans cette perspective, les cérémonies d’enterrement sont dans le collimateur. La mise en boîte des humains qui viennent de passer l’arme à gauche dans des cercueils faits d’arbres tout aussi morts qu’eux comporte quelque chose de révoltant. Le retour à la bonne vieille coutume de la mise en terre sans chichi, au pire dans un linceul, est à l’ordre du jour. Si ce devait être dans un linceul, il serait obligatoirement biodégradable, comme le corps qu’il enveloppe. L’homme doit comprendre qu’il est toléré sur terre tant qu’il ne fait pas de bêtises – que les femmes ne se moquent pas : elles sont dans le même sac. Soit l’humain s’intègre au cycle de la nature, soit il s’en va. Les fourmis sont plus utiles à la planète que l’homme, nuisible entre les nuisibles. Cela fait réfléchir, non ?

L’historien Ramsay McMullen a décrit l’avènement du christianisme. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas de la victoire par KO d’une croyance respectable face à de ridicules superstitions païennes. En vérité, pour obtenir l’adhésion des citoyens de l’Empire romain, le christianisme a été contraint de faire de nombreuses concessions au paganisme, en empruntant énormément à ses coutumes et à ses rites. La peur de l’enfer ne suffisait pas. Illustration parmi beaucoup d’autres, l‘instauration de la fête de Noël a consisté à récupérer la célébration païenne du solstice… en détournant son sens. En s’inspirant du passé, les écologistes auraient pu encourager un retour à une fête de la nature, solstice ou pas, avec un père Noël dans un costume vert. Non, ils ont décidé de s’inscrire dans une stratégie de rupture. Les « Khmers verts » consacrent leur précieuse énergie à envoyer des volées de bois de leur couleur favorite à ceux qui viennent d’autres horizons. Dans ces conditions, la peur de l’apocalypse climatique suffira-t-elle à leur conserver la sympathie des gens ?

Idéfix-idée fixe : un rapprochement à la Lacan ?  

La maxime :

Auprès de votre arbre, vivez heureux

Et ne le quittez pas des yeux

2 réflexions sur “DESCENDRE DE L’ARBRE

  1. He oui, c’est désolant. Je dirais même que ce niveau de crétinerie est humiliant pour la cause écologique qui pourtant a un incroyable besoin de crédibilité.

    Une fois de plus on se rend compte que le pouvoir aux extrêmes n’apporte vraiment pas grand chose. En plus avec je crois Poutou au conseil municipal dans l’opposition ça va être une vraie compétition dans le domaine réservé de la connerie.

    Après avoir vu au cinéma « Antoinette dans les Cévennes » on se rend compte que la discussion avec âne apporte certainement plus à la qualité du débat.

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