LEARNING BY DOING

S’adressant à son cambrioleur, Georges Brassens préféra l’avertir : « toute récidive abolirait le charme ». Pourtant, les vertus de la répétition d’une action sont souvent reconnues. A force de réitérer le même geste, la même action, l’homme acquiert de l’expertise. Il devient plus efficace. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Qu’en est-il des confinements ? Encore une petite resucée ?

Le gouvernement a dit : « Entrez dans la boîte » puis « Sortez de la boîte » et encore « Entrez dans la boîte ». La population est entrée… dans un processus d’adaptation. La soirée précédant le premier confinement a donné l’impression d’un joyeux désordre. L’ambiance était festive mais, en même temps, l’état d’impréparation générale a empêché les sympathiques noctambules d’en profiter outre mesure. Avons-nous bien acheté tout le papier toilette nécessaire ? Certes, les gens se collaient les uns aux autres, s’embrassaient courageusement dans une espèce de sarabande improvisée. Cependant, l’inquiétude face au saut dans l’inconnu représenté par l’obligation d’enfermement pourrissait largement l’atmosphère. Personne n’avait encore rempli d’« attestation dérogatoire » de sortie de son domicile. De manière logique, le déconfinement s’est déroulé dans le même état d’esprit. Les gens ont mis un pied dehors, ensuite l’autre, avant d’avancer avec prudence. Le débat sur les masques – oui, non – a renforcé cette modération. Que se passe-t-il ? Pas de méga teuf de la libération. Pouvoir partir en vacances était un horizon suffisant pour le moral.   

Les mesures restrictives précédant le deuxième confinement ont annoncé l’apparition de fines stratégies de contournement. Les bars sont fermés ? Une caricature montre deux poivrots attablés dans un bar-restaurant alors ouvert et passant commande d’un émincé de cacahuètes pour accompagner leur bouteille de rouge. Un couvre-feu est imposé ? Qu’à cela ne tienne, venez manger ce soir à la maison comme convenu. Vous resterez dormir. Comme cela, nous serons tous ensemble jusqu’après le petit déjeuner. Nous nous mélangerons douze heures au lieu de trois. Poutine vient buter les terroristes jusque dans les chiottes. Avec lui, il aurait fallu faire attention mais nos autorités politiques sont heureusement moins intrusives. Nous pouvons les vaincre sans problème. Et que de dire des soirées dansantes organisées de 21 heures à 6 heures du matin dans des zones désertiques ! Il est tellement facile de déjouer la cascade de mesures mises en place par le gouvernement. C’est même un jeu d’enfant. C’est pourquoi la décision d’instaurer un deuxième confinement n’a pas trouvé les citoyens en slip. Ils avaient désormais de l’expérience à revendre.

La dernière soirée précédant cet acte deux a été moins décousue, moins bordélique. Les restaurateurs avaient organisé de magnifiques tablées dans le plus bel irrespect de la distanciation sociale. Sans se connaître, les différents groupes de clients ont chanté à l’unisson et battu des mains jusqu’à la dernière minute autorisée. Avant de se séparer, ils se sont souhaité un bon confinement – pas de souci de ce point de vue, ces personnes n’appartiennent pas aux catégories sociales supposées vraiment en souffrir –  et se sont promis de se retrouver un mois plus tard, tous forcément en bonne santé. Ces scènes de fraternisation diffusées en boucle à la télévision ont montré au moins que la peur avait changé de camp. Et ce n’est pas terminé. On peut parier une étape supplémentaire à l’occasion du confinement suivant. A l’instar du menu de Noël, la création d’un repas dédié par les plus hautes toques blanches semble inévitable. On se pourlèche les babines à l’idée de déguster un confit d’oie à la confiture de citron vert caca d’oie. Ce n’est qu’une modeste idée. Les spécialistes de l’événementiel en auront probablement un paquet d’autres, n’en doutons pas.

Pourquoi éventuellement un troisième, voire un quatrième confinement, rétorquera le lecteur interloqué ? La mécanique enclenchée semble hélas implacable. Quand le deuxième aura porté ses fruits, le gouvernement magnanime desserrera l’étau afin que les Français puissent préparer la Noël. Or, cette fois-ci, la sortie dans les rues ne sera plus aussi hésitante qu’à la suite du premier confinement. Grâce au phénomène d’apprentissage, la retenue ne sera plus de mise. Dès le coup de starter, tous se précipiteront dans les magasins, s’empilant les uns sur les autres. Il faut dire qu’il fera alors certainement particulièrement froid dehors. La cohue risque d’être indescriptible : rattrapage économique, dépense énergétique, emplettes à gogo. Le problème est que le covid19 aura lui aussi amélioré sa stratégie. Par cette agglomération de chair fraîche alléché, il pourra prospérer jusqu’à l’indigestion. Dans ce cas de figure qui est loin d’être purement théorique, cela tombera comme à Gravelotte. C’est à ce moment que la petite musique habituelle se fera entendre : désengorgeons d’urgence les hôpitaux. Confinons à nouveau.

Si cet enchaînement possible n’est guère drolatique, quelques éléments doivent nous rassurer. Le premier d’entre eux est que le président de la République a lui aussi accompli d’immenses progrès et, de cela, même ses ennemis politiques sont obligés de convenir. Entre l’allocution télévisée du premier confinement et celle du second, cela a été le jour et la nuit. Emmanuel Macron a cessé d’être tétanisé par son image de président de la révolte des gilets jaunes pour afficher une remarquable maîtrise de son sujet et même un rare sens pédagogique. La prochaine fois, on peut faire le pari qu’il sera carrément brillant. N’oublions pas que Winston Churchill n’avait pas une excellente image avant d’entrer en fonction durant la Seconde Guerre mondiale et qu’à la fin il a été sèchement chassé du pouvoir mais, pendant le conflit, il a fini par incarner pour son peuple la résistance britannique face à l’ennemi. Le président Macron arrivera-t-il à cette grandeur ? Il ne refuserait pas de rester dans l’Histoire comme notre Churchill du covid19. Toutefois, la plupart des Français préféreraient à coup sûr que sa période de perfectionnement soit plus courte. Six ans de coronavirus, c’est long. Qu’il soit moins bon, tant pis !   

La maxime :     

Un bègue vous pardonne

Be better afterward

2 réflexions sur “LEARNING BY DOING

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