OTAN EN EMPORTE LE VENT

Les ours sont des animaux étonnants. Ils sont omnivores. Ce qui signifie qu’ils avalent tout ce qu’ils trouvent de goûteux sur leur passage. Plus intéressant, ils hivernent. Entre octobre et décembre, ils s’installent dans une grotte où ils passeront les mois suivants dans un état de somnolence. Quand ils se réveillent, le temps s’est écoulé. Certaines nouvelles leur ont forcément échappé.    

Ainsi, la Seconde Guerre mondiale ne serait pas terminée. La Russie a envahi l’Ukraine pour la punir de ne pas avoir abandonné la voie « génocidaire » du « nazisme ». Il n’est pas faux que les Ukrainiens avaient massivement collaboré avec les Allemands à l’époque. Que leur motivation ait été l’anticommunisme, le nationalisme, l’antisémitisme ou les trois, ils n’avaient pas laissé « leur part au chien ». Cependant, ces événements se sont déroulés il y a des lustres et, même si les Ukrainiens ne se sont pas toujours bien débrouillé de leur encombrant passé, ils ont élu Volodymyr Zelensky comme Président, un acteur, juif de surcroît, comme un pied de nez à l’Histoire.

De plus, si l’on acceptait l’argument de Poutine, on ne voit pas pour quel motif les pays Baltes échapperaient à la prochaine salve. Ils n’ont pas été moins pro-allemands que les Ukrainiens. S’ils étaient épargnés, ce serait pure discrimination. Déplaçons-nous encore un petit peu. Sans dresser de liste exhaustive, entre la Croatie, la Hongrie ou la  Roumanie par exemple, il doit y avoir d’autres pays qui devraient commencent à sentir le vent du boulet. Et puis, finalement, les plus grands défenseurs du Troisième Reich n’étaient-ils pas les Allemands eux-mêmes, au moins jusqu’à la défaite de Stalingrad ? Poutine songerait-il à pousser ses troupes jusqu’à Berlin par hasard ?    

Les analystes compulsent frénétiquement les manuels de stratégie. Leur rôle est de nous éclairer sur la tournure des événements. Poutine avance-t-il ses pions conformément à la sagesse de Sun Tsu ou en s’inspirant des conceptions de Clausewitz ? Dans quelles proportions exactement combine-t-il les apports de Napoléon et de Jules César ? En fait, le président russe procède de façon plus rudimentaire quoique diablement efficace. Il pose simplement ses couilles sur la table en guettant les réactions. Cela a plutôt tendance à surprendre ses interlocuteurs européens qui en ont pourtant « vu des vertes et des pas mûres », jusqu’à leur occasionner une gêne.

Même lorsque l’on convoque les mystères de l’âme slave, on demeure interdit par cette exhibition de bijoux de famille qui semble d’un autre temps. L’effet est d’autant plus garanti que six femmes occupent le poste de ministre de la Défense dans des pays européens. Le seul qui ait envisagé de l’imiter a été le Président Macron. Il en a été empêché au dernier moment par Brigitte, qui est intervenue manu militari pour faire « rentrer les choses dans l’ordre ». En annonçant qu’aucun soldat américain ne se battrait en Ukraine, le Président des Etats-Unis a montré à la face du monde sa ceinture de chasteté. Face aux quolibets, il a envoyé quelques soldats à l’Est, pas trop nombreux pour ne pas énerver le maître du Kremlin, ni trop près de la frontière ukrainienne – un incident est si vite arrivé.

Chez les Européens, la sidération a été entière. Ils n’avaient tellement pas envie qu’une guerre éclate qu’ils en avaient quasiment exclu l’hypothèse. Ils allaient jusqu’à se moquer de l’alarmisme américain. Les Anglo-saxons parlent à ce propos de « wishful thinking ». Alors, quand Poutine a sonné la charge, ils ont été complètement « cueillis ». N’oublions pas non plus que l’Union Européenne, désormais sans la Grande-Bretagne, n’est rien d’autre qu’une coalition des vaincus de la guerre que Poutine prétend poursuivre. Cela invite à rester calme.

Quoiqu’il en soit, les discours des uns et des autres se sont rapidement ajustés. Quand un pays décide d’en avaler un autre, une démocratie qui plus est, il est difficile de l’en féliciter publiquement. Les plus contrariés ont été les extrêmes. Marine Le Pen et Eric Zemmour apprécient a priori le nationalisme décomplexé de Poutine. Nathalie Arthaud et Méluche, eux, sont victimes d’un réflexe pavlovien : l’OTAN est l’adversaire de leur amour de jeunesse, le Pacte de Varsovie. Cette organisation incarne le mal par nature. Comme Poutine représente son nouvel ennemi, il mérite des circonstances atténuantes. Et si des missiles russes étaient installés au Mexique, hein ? Certes.. mais si les Etats-Unis râlaient alors, ces zozos seraient les premiers en tête de cortège, dans les manifestations contre l’impérialisme américain.    

La présidente de la Commission européenne a menacé d’une terrible sanction : le renchérissement du coût du crédit qui, dans un coup de billard à cinq bandes, pourrait provoquer un peu d’inflation en Russie dans trois ans. Le tzar de toutes les Russies n’a ni cillé, ni remballé son matériel. Quel rat c’ Poutine ! En réalité, les Européens ont entériné l’idée qu’il était impossible de causer des dommages au pays agresseur sans en subir eux-mêmes des conséquences, que ce soit militairement ou économiquement, une éventualité inacceptable dans les deux cas. Dans ces conditions, monsieur Poutine serait bien inspiré de mener rondement sa petite affaire, à la hussarde, on n’ose dire à la cosaque. Que l’on puisse passer à autre chose.

Les images diffusées sur les écrans sont stressantes et les populations des pays occidentaux un peu incommodées par le cours des événements. Quand le présent est pénible, le mieux est qu’il se transforme en passé dans les meilleurs délais. Il sera enfin temps d’agir. Les Européens ont l’expérience de ces événements traumatisants : génocides juif, rwandais et yézidis, massacres de Bosnie… C’est cette pratique qui leur a permis d’atteindre un niveau d’excellence dans l’art de la commémoration. Leurs monuments sont émouvants, riches en leçons du type « plus jamais ça ». Leurs oraisons funèbres sont magnifiques. Si Zelensky est tué, les discours que les plumes des dirigeants politiques sont déjà en train de préparer seront indépassables. Juste qu’on en finisse !

Ensuite, le reste redeviendra naturel. Il ne faut pas insulter l’avenir. Il est essentiel de parler avec tout le monde, en particulier avec une grande puissance mondiale, qui a en plus la bonté de fournir un emploi grassement rémunéré à des dirigeants politiques et des personnalités médiatisées d’Europe. N’avons-nous pas besoin économiquement les uns des autres ? Et puis, un président qui chante aussi bien « Blueberry Hill » ne mérite-t-il pas un peu de tendresse ? Si on ne le brusque pas, il reprendra ce qu’il a mis sur la table. C’est aussi son intérêt. Il pourrait prendre froid.   

Vite, vite. Sinon…

Maxime :

Monsieur et Madame Pourfairlavaisselle ont un fils, comment l’appellent-ils ?

Vladimir (il peut la casser aussi d’ailleurs)

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