LES OUBLIES

Il est à l’origine du mouvement suprématiste et reste connu pour une de ses œuvres, « Carré noir sur fond blanc ». Pourtant, Kazimir Malevitch n’a jamais été membre du Ku Klux Klan : il maniait le pinceau en Union Soviétique. Artiste engagé, il a également peint « La cavalerie rouge ». Alors, entre le rouge ou le noir, le père Stendhal nous aurait recommandé de ne faire ni impair, ni impasse.  

C’est comme esclaves que les Afro-Américains sont arrivés aux Etats-Unis. Ils le sont demeurés plusieurs siècles jusqu’à la Guerre de Sécession qui a conduit à la ratification du treizième amendement de la Constitution qui entérinait l’abolition de l’esclavage. Sous le nom de lois Jim Crow, une ségrégation raciale s’est mise en place : Blancs et Noirs étaient égaux mais devaient vivre séparés. Avec le soutien des progressistes blancs, le mouvement pour les droits civiques mené par le pasteur Martin Luther King a réussi dans les années 1960 à supprimer toute distinction légale selon la couleur de peau. Les inégalités économiques et sociales n’ont pas disparu pour autant. Que l’on regarde les revenus, le taux de chômage, l’espérance de vie ou la population ayant fait des études supérieures, les indicateurs témoignent d’un fossé entre Blancs et Noirs. Des actions ont été entreprises, la « discrimination positive » notamment, et un Noir a également été élu Président des Etats-Unis mais les manifestations lors de la mort de Georges Floyd montrent que tout est loin d’être réglé. Lutter contre les stéréotypes sociaux, le point de blocage majeur, est un travail de longue haleine qui passe par un renforcement de la mixité sociale… plus que par un déboulonnage de statues d’ailleurs.

La situation des Amérindiens relève d’une problématique totalement différente. Il s’inscrit dans la litanie de mouvements de conquête qui se sont déroulés au fil des siècles. Les plus forts mettaient la main sur le territoire de leur ennemi, lequel se soumettait et se fondait dans la société du vainqueur, voire disparaissait carrément de l’histoire. Cela n’empêchait pas parfois le perdant d’imposer ses valeurs comme l’illustre le cas des Grecs défaits par les Romains mais qui ont transmis leur modèle culturel à leurs vainqueurs. Les invasions qui ont le plus marqué les esprits sont celles qui ont impliqué une traversée d’océan, c’est-à-dire une distance appréciable entre les deux belligérants. A l’instar du commerce, la guerre se pratique surtout entre voisins. C’est beaucoup plus commode. Il est arrivé que, à force de mouvements dans un sens et dans l’autre, les observateurs les mieux renseignés soient incapables de distinguer entre les gentils et les méchants. Ainsi, les Ecossais qui ont immigré en Irlande du Nord descendaient des Scoti, un tribu originaire d’Irlande du Nord qui avait colonisé le nord de la Grande-Bretagne aux alentours du huitième siècle. Exerçaient-ils simplement un « droit au retour » à cette occasion ?

Pour ce qui concerne les Amérindiens, il n’existe aucun doute de ce genre. Les visages pâles ont envahi le territoire des peaux rouges. La population locale a aussitôt chuté de façon drastique, passant d’un nombre avoisinant probablement les 10 millions au moment de l’invasion des Européens – les estimations sont complexes – à plus de 2,5 millions aujourd’hui. A cet égard, les immigrants ont occasionné bien plus de ravages avec les virus qu’ils avaient apportés dans leurs bagages que par leurs armes même si, durant la deuxième partie du dix-neuvième siècle, c’est leur puissance de feu qui leur a permis de faire reculer les unes après les autres les tribus amérindiennes afin de s’approprier leur territoire. Le même scénario s’est répété sans discontinuer. Il reposait sur une décision de la Cour Suprême jugeant que les Etats-Unis n’étaient pas tenus de respecter à la lettre les traités signés avec les Amérindiens puisqu’il s’agissait de « nations domestiques dépendantes » et non pas de « nations étrangères ». Autrement dit, ces peuples pouvaient être trimbalés d’un bout à l’autre du pays, selon le bon vouloir des Blancs, à condition que ce soit pour leur supposé bienfait bien sûr.

Le problème de fond réside dans le mode de vie spécifique des Amérindiens. Les colonisateurs ont tenté de les évangéliser, de les transformer en agriculteurs et plus généralement de les rendre compatibles avec l’American Way of Life. Ils se sont heurtés à une résistance imprévue et le rouleau compresseur n’est pas parvenu à les assimiler entièrement. Le pire semble passé. Les enfants ne sont plus retirés aux parents pour être élevés dans des familles blanches et les Amérindiens ont même récupéré des droits spécifiques comme celui d’ouvrir des casinos qui est reconnu par l’Indian Gaming Regulatory Act (IGRA) de 1988, cela y compris si les Etats où sont situées les réserves indiennes y sont opposés. L’argent des jeux a pour vocation de permettre aux Indiens de vivre conformément à leurs traditions mais il fait surtout un bien fou à toutes ces communautés – 566 nations indiennes peuvent prétendre à une relation privilégiée avec le gouvernement fédéral  – qui sont caractérisées par un niveau de misère socio-économique exceptionnel. Qu’il s’agisse de revenus, d’alcoolisme, de suicide, leurs indicateurs sont largement pires à ceux des Afro-Américains.

Une question mérite d’être posée. Pourquoi la situation des Amérindiens laisse-t-elle aussi indifférent alors que celle des Afro-Américains est capable de susciter un véritable élan de sympathie dans le monde ? A l’évidence, le nombre compte : la population noire est 20 fois supérieure à celle des tribus indigènes. Cependant, d’autres arguments peuvent être mobilisés. Une explication est liée au rapport à la société états-unienne. Les Afro-Américains rêvent d’intégration, d’un niveau de vie supérieur et de meilleures chances dans l’éducation. A cet effet, leurs revendications sont susceptibles de prendre un tournure plus politique et d’être instrumentalisées par des mouvements organisés. De leur côté, comme cela a été dit, les Amérindiens cherchent à préserver un mode de vie qui se trouve en harmonie avec la nature. Bien que tous ne vivent pas dans des réserves, fondamentalement, le système capitaliste ne les intéresse ni en bien, ni en mal… tant qu’ils peuvent pratiquer leurs coutumes. A part les partisans du traitement des maladies par les plantes, qui leur cause va-t-elle attirer ?  

La maxime :

Indian Tonic, tout le savoir-faire de Schweppes dans une boisson unique depuis 1870

Aux extraits d’écorce de quinquina

POUR CEUX QUI N’ONT RIEN A LIRE :

L’élection à la Présidence de l’université se rapproche. Dans le combat singulier qui oppose « les amis de Neptune » aux « épris d’Uranus », le monde des fées occupe une place centrale. Afin de nuire à Bébert Néveylé, candidat des premiers et éminent spécialiste du domaine, les seconds entreprennent de saper sa crédibilité professionnelle. Le conflit se cristallisera rapidement sur les dons d’un enfant, Dédé Gresco, qui semble protégé par les fées. Jekyll Cool, l’âme damnée de Néveylé, est prêt à tout pour permettre à son champion de l’emporter…

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Philippe Broda est l’auteur de plusieurs ouvrages en sciences sociales. Enseignant-chercheur en économie, il côtoie le monde de l’université et des écoles de commerce sur lequel il porte un regard distancié et amusé. Il tient le blog « T’es sérieux » (https://teserieux.blog/) qui traite de l’actualité économique et politique dans le même esprit décalé.

VIVE LA TRANSPARENCE… VRAIMENT ?

Le dictionnaire définit la transparence comme la propriété des corps qui transmettent la lumière par réfraction et au travers desquels on voit les objets avec netteté. Elle est habituellement appréciée, au contraire de l’opacité qui suscite l’inquiétude. Cette opinion est-elle réellement brillante ? A la réflexion…

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Les économistes libéraux sont extrêmement préoccupés par la question de la transparence de l’information puisqu’il s’agit d’une condition sine qua non de l’équilibre sur les marchés. Ils entendent par là que les prix doivent être gratuits et accessibles à tous. D’autres économistes ont montré que l’information ne se limitait pas aux prix, qu’elle recouvrait également les comportements des agents économiques et que, du coup, son partage avec toutes les parties prenantes au marché était beaucoup moins évident. Ainsi, l’assureur ignore si le souscripteur d’un contrat d’assurance automobile est un excellent conducteur alors que l’automobiliste, lui, le sait. C’est ce qui s’appelle une asymétrie d’information. Certes, 90 % des automobilistes de l’hexagone affirment que les Français sont de mauvais conducteurs tout en soutenant que, pour ce qui les concerne, ils entrent dans la catégorie des bons. Ils savent toutefois au fond d’eux-mêmes que ce n’est pas forcément le cas et, quand ils doivent choisir leur contrat d’assurance, ils se positionnent en conséquence.

En introduisant le concept d’« équilibre séparateur », Michael Rothschild et Joseph Stiglitz proposent une solution à ce problème spécifique sans mobiliser les stéréotypes sexistes ! Il convient de mettre deux types de contrat sur le marché – l’un avec une faible prime et une franchise élevée, l’autre qui combine au contraire une prime élevée et une faible franchise – pour que les automobilistes retiennent celui qui correspond le mieux à leur aptitude au volant. Un conducteur dangereux optera logiquement pour la deuxième formule. Des solutions réglementaires existent évidemment hors du marché, la mise en place d’un système de bonusmalus par exemple. En fait, des débats opposent les économistes sur la voie à suivre quand l’information n’est pas complètement transparente. A quel point le marché est-il perturbé ? Il n’est pas surprenant que, dans une société où l’information tient un rôle aussi central, le « prix Nobel d’économie » ait été attribué à plusieurs reprises à des économistes travaillant sur cette thématique. Dans la plupart de ces investigations économiques, l’information est caractérisée par ses insuffisances, ses défauts. Peu s’intéressent aux difficultés que sa perfection et sa complétude occasionnent.

Dans une économie mondialisée où la décomposition des processus de production est de plus en plus complexe, la traçabilité des produits est bien utile. Elle réduit le risque que des aigrefins fassent passer des vessies pour des lanternes ou, à défaut, de la viande de cheval pour du bœuf. C’est entendu. De la même manière, sachant que des relations troubles sont parfois nouées entre les milieux politiques et économiques, un minimum de clarté est salutaire dans l’idée d’éviter les conflits d’intérêts. Cependant, la marche vers la transparence, l’information facile et gratuite, n’est pas sans susciter quelques interrogations. Tout d’abord, dans la sphère politique plutôt qu’économique d’ailleurs, toutes les informations n’ont pas pour vocation d’être mises sur la place publique. Chaque Etat possède sa part d’ombre. Ces éléments ne servent pas forcément à fomenter des coups d’Etat. La divulgation de câbles diplomatiques est susceptible de provoquer des crises internationales. La révélation d’échanges avec des militants des droits de l’homme dans une dictature n’est pas sans danger pour ces derniers.

De surcroît, indépendamment même de ces arguments, serait-il souhaitable qu’un micro diffuse en direct l’intégralité des débats lors des conseils des ministres ? Doit-on exiger des dirigeants politiques que leurs décisions soient pertinentes ou qu’ils soient respectueux du « politiquement correct » à chaque seconde ? Il y a fort à parier que, si un tel scénario survenait un jour, les ministres se rencontreraient dans d’autres forums pour « parler vrai » et régler discrètement les problèmes, justement parce qu’il est important que le processus décisionnel se déroule sans obstacle inutile. Précisons que le fonctionnement de l’économie ne saurait souffrir non plus une entière transparence. Outre le sacro-saint secret des affaires, les négociations commerciales les plus basiques reposent sur une certaine dose de manipulation, de désinformation. Albert Carr va jusqu’à les comparer à une partie de poker. Pour l’acheteur, il est de bonne guerre de laisser croire à son interlocuteur qu’il a trouvé un fournisseur moins cher dans l’intention d’obtenir une baisse de prix. Dans ces conditions, mentir n’est pas condamnable, ni immoral. Cela fait partie du jeu.

En prenant davantage de recul, une société transparente suppose une capacité de ses composantes à se mesurer à une information qui est décevante. Ceci est vrai autant pour sa livraison que pour sa réception. Depuis une trentaine d’années, dans la plupart des pays développés, les dirigeants d’entreprises ont été progressivement obligés de fournir des informations précises sur les performances de la structure qu’ils pilotent, cela afin que les actionnaires, c’est-à-dire les propriétaires de la compagnie, puissent évaluer la qualité de leur investissement. C’est ce que l’on nomme le « gouvernement d’entreprise». La multiplication des scandales pour comptes trafiqués prouve que cela ne va pas de soi. Encaisser des mauvaises nouvelles n’est pas simple non plus. Cela induit une déception et probablement la nécessité d’ajuster son comportement, éventuellement de se remettre en cause et pourquoi pas, soyons fous, de le faire en amont pour éviter la déception. Ah, ce serait tellement plus commode si l’information était toujours bonne. Ce n’est hélas pas possible même si une loi était votée en ce sens. Le poète disait : « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ». Brrrr…

Conseils de lecture :

Carr Albert, « Is Business Bluffing Ethical? », Harvard Business Review, 1968, p. 143-53.
Rothschild Michael et Stiglitz Joseph, « Equilibrium in Competitive Insurance Markets: An Essay on the Economics of Imperfect Information », Quarterly Journal of Economics, 1976, p. 629-649.

La malice en politique

Machiavel a donné ses lettres de noblesse à l’approche stratégique en politique. Le célèbre adage « la fin justifie les moyens », qui résume son propos, est en un sens révolutionnaire. Alors que les philosophes grecs liaient comportements vertueux et politique avisée, le penseur florentin ouvre la voie à la malice et aux coups tordus. Seulement, la réussite n’est pas toujours au rendez-vous.    

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Le mot stratégie, rappelons-le, est d’origine grecque. Son étymologie témoigne de son origine militaire : il s’agit de l’art de conduire l’armée. Quelques remarques s’imposent à ce propos. Tout d’abord, le mot stratégie ne s’est imposé qu’à la fin du dix-huitième siècle, se substituant à la notion de « grande tactique » en raison de la complexité croissante des opérations militaires. La grande tactique ne l’était manifestement pas assez. Ensuite, son emploi s’est généralisé dans la sphère civile dans de nombreux domaines : politique, économique, sportif… Son ascendance militaire nous enseigne la logique d’interaction qui lui est propre. Deux adversaires se font face et remporter la victoire signifie que l’autre a perdu. Georges S. Patton l’a parfaitement décrit : « L’objet de la guerre n’est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le salaud d’en face le fasse pour le sien ». Il est intéressant de constater que, dès leur plus jeune âge, les enfants sont de grands stratèges. Avec leurs antennes surpuissantes, ils sont capables de détecter les failles les plus minuscules dans la défense de leurs parents. Pourtant, le mot stratégie est rarement employé à leur égard puisqu’une once de sophistication lui est associée. Chez les petits, c’est plus spontané.

Le tennisman Brad Gilbert racontait que ses qualités de joueur étaient bien trop limitées pour expliquer qu’il ait un jour atteint le quatrième rang mondial. C’est son obstination à connaître les petites habitudes tennistiques de ses rivaux qui lui a permis de souvent anticiper leurs coups. Cet avantage obtenu grâce à un petit carnet de notes n’était en rien condamnable mais on comprend aussi à travers cet exemple que la volonté de perturber ses opposants risque rapidement de dériver vers des conduites immorales. Si aucun domaine ne peut se targuer d’une exclusivité, en la matière, le monde de la politique se trouve souvent en pointe. Dans le feu de l’action, un footballeur plonge dans la surface de réparation pour simuler un penalty. En politique, les crocs-en-jambe, les coups à plusieurs bandes, voire les boules puantes, sont le pain quotidien des états-majors des hommes et des femmes de l’art. Ils ne dépensent assurément pas toute leur énergie à savonner la planche à leurs adversaires mais ils y consacrent du temps à l’évidence. L’ancien président de la République, François Hollande, était considéré comme un florentin, un fin stratège, une épée en quelque sorte, mais sa réputation a probablement été surfaite.

L’histoire de son projet de déchéance de la nationalité le démontre amplement. A la suite d’attentats terroristes, il propose de retirer la nationalité française aux binationaux qui seraient impliqués dans des attaques contre la France. Il ne pense pas une seconde que la menace de se voir retirer son passeport dissuadera un fanatique de déclencher sa bombe. Son calcul est politique. Les médias le décrivent avec délectation : en s’appropriant une mesure déjà réclamée par la droite et même l’extrême-droite, il piège les Républicains. Certains parmi eux soutiendront le plan de Hollande parce qu’il est le leur et d’autres le rejetteront. Quel coup magistral ! Quelle manœuvre de génie ! Heu, nous nous occuperons des médias une autre fois. Tout le monde connaît la fin du film cependant : ce n’est pas l’implosion de la droite que le président a provoquée mais celle de son propre parti. En effet, c’est fort ! Pour de nombreux socialistes passablement échaudés par la mise en place d’une politique économique libérale, la déchéance de nationalité a représenté la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le retour du boomerang a été particulièrement violent dans ce cas de figure. Ce n’est qu’une illustration parmi beaucoup d’autres.

Dans cet exemple, sans chercher à tout prix à lui accorder des circonstances atténuantes, l’ancien président était happé par le jeu politique. Je donne des coups, j’en reçois. Il y a une sorte de mêlée. Mais quand on est seul, que l’on a toutes les cartes en main, pourquoi remettre en jeu sa suprématie quand le bénéfice attendu est infinitésimal ? La mésaventure qui est arrivée à Theresa May est vraiment éloquente. Elle disposait d’une majorité absolue au parlement. Elle organise des élections législatives. Le danger pour elle ? Perdre les élections ou la majorité absolue. Par rapport au fonctionnement des institutions politiques, ce n’est pas rien : cela signifie ne plus pouvoir gouverner. Le gain espéré ? Juste se sentir autorisée à dire « fermez-la, je suis légitime » à ses adversaires politiques. Soit dit en passant, ceux-ci auraient quand même certainement continué à l’ouvrir. Bref, le gain était plus qu’infime. Et badaboum !

Les Britanniques n’ont pas l’apanage de ce genre de délire même si le pari de madame May faisait suite au referendum sur le « Brexit », promesse de campagne de son prédécesseur, David Cameron, qui était lui-même opposé à la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne. N’oublions pas, en France même, les élections législatives anticipées de 1997. Le brain (!!!) trust du Président Jacques Chirac, qui comptait Dominique de Villepin parmi ses membres les plus éminents, avait décidé dans une initiative aussi chevaleresque que renversante de dissoudre l’Assemblée nationale. C’est en fait par une dissolution de la droite, qui disposait d’une confortable majorité jusque-là, que l’épisode se solda : un socialiste, Lionel Jospin, devint Premier ministre. Ces grands stratèges sont visiblement trop intelligents pour le système. Peut-être faudrait-il faire la théorie de ces super homo œconomicus au discernement mal récompensé ? Après tout, ces petits futés ont le privilège de pouvoir appuyer sur le bouton atomique.

Références :

Gilbert Brad, Winning Ugly, Londres, Pocket, 2007.

Meyer Philippe, Eaux-fortes, Paris, Flammarion, 1999.