EGALITE

L’article premier de la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » proclame que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » mais la liberté absolue est-elle absolument compatible avec l’égalité des droits ? Coluche avait remarqué à juste titre que, si tous les hommes sont égaux, certains le sont plus que d’autres… 

L’homme est un être fondamentalement bon qui a été corrompu par la société – la femme aussi. Pour éviter toute confusion, je veux dire que la femme est un être bon, aucunement que l’homme est également corrompu par la femme. Quoi qu’il en soit, méchante et cruelle, la société ! Faisons-lui panpan, panpan ! Derrière ce tableau à la Rousseau – le Suisse, pas le douanier –, des bataillons de chercheurs ont entrepris de remonter le temps jusqu’aux origines de l’humanité pour se faire une idée de la situation. La piste d’Adam et Eve n’est pas réellement scientifique et c’est tant mieux. Selon la lecture chrétienne classique, le premier couple a été bouté hors du paradis suite à un accès de gourmandise incontrôlé, une tentante tentation, la tarte à la crème de la vie quoi. Bref, il a été puni. C’est ce qu’on a appelé « la chute ». Les humains allaient déguster mais dans un sens de souffrance désormais. Comme le fait Christopher Boehm dans un ouvrage édifiant, c’est plutôt du côté des théories de l’évolution qu’il convient de se tourner pour trouver une réponse à cette lancinante question.

La quête préhistorique semblent hélas mal commencer parce que les grands singes vivent dans des groupes hiérarchisés. Les chimpanzés consacrent énormément d’énergie à l’établissement des rapports de force entre eux. Cela passe par de fréquentes démonstrations d’agressivité. Un statut, ça se mérite. Chez les gorilles, seuls les mâles dominants, dits alpha, sont autorisés à s’accoupler, chacun possédant son propre harem. Les autres mâles sont soumis. Le champion sportif qui se tambourine le poitrail, le visage inondé de superbes grimaces tout en expirant comme un bœuf, ou qui exhibe fièrement ses biscotos, évoque évidemment le gorille dans toute sa splendeur. Entre cette star adulée et un maigrichon à la myopie prononcée, verres épais, profil de comptable, la préférence de Brigitte Bardot ira au premier si, par hasard, on lui demande son avis. A l’instar de nos bobos qui prêchent un universalisme béat, les bonobos, eux, règlent leurs conflits par l’amour permanent. Pourtant même chez eux, une hiérarchie existe. Elle concerne la compétition alimentaire. La richesse est un marqueur social. Décidemment…

Un enfant interroge sa mère : « maman, que peux-tu dire de nos ancêtres ?

– Adam et Eve, mon chéri. Tu as déjà certainement entendu parler d’eux.

– Oh la la. Je ne comprends plus rien alors ! J’ai demandé hier à papa qui m’a certifié que nous descendions du singe.

– Mais ton père et moi avons raison tous les deux. Il parlait de sa famille et moi de la mienne ».

Pour être précis, l’homme ne descend pas du singe. L’un et l’autre ont en fait des parents communs mais, comme les repas de famille se passaient mal, ils ont fini par faire table séparée. Ils ont cessé d’être des « copains » au sens étymologique du terme. Pour l’avoir oublié, le pauvre Léo Ferré a infligé de terribles désagréments à ses proches. L’idée de leur imposer la présence d’une chimpanzé, la diabolique Pépée, n’était pas extra puisqu’elle a provoqué l’implosion de la cellule familiale. En revanche, pour trouver un point de comparaison avec l’homo sapiens, les grands singes africains, en particulier les chimpanzés, les gorilles et les bonobos proposent un éclairage assez utile. Comment nous étions (avant d’atteindre un tel niveau de raffinement social) et comment nous sommes devenus !

Chez les premiers hominidés préhumains, les australopithèques vieux de quatre millions d’années, on observe un fort dimorphisme sexuel qui justifie cette analogie avec les grands singes. Les mâles dominants étaient plus costauds que le reste du groupe. C’est ainsi qu’ils se faisaient respecter par les femelles – la masse corporelle du mâle était supérieure de 50 % à celle de la femelle et par les autres mâles. Michel Audiard l’a résumé ainsi par la bouche de Jean-Paul Belmondo : « quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent ». Deux millions d’années plus tard, ce dimorphisme avait déjà singulièrement diminué. En l’absence de disparités morphologiques aussi manifestes qu’auparavant, un simple regard n’était plus suffisant pour faire entendre raison aux récalcitrants. Les inégalités à l’intérieur des groupes se sont atténuées par conséquence. Les chefs ont dû un peu composer. La hiérarchie s’est d’autant plus tassée que d’autres changements sont intervenus au niveau cérébral comme sur le plan physiologique.

Le développement du langage a permis des formes de coopération entre membres d’un même groupe. Le pouvoir du nombre, de l’action collective, pouvait constituer une limite à l’emprise des plus baraqués. De plus, des modifications anatomiques enregistrées au niveau de l’épaule ont entraîné un changement des techniques de combat. Le lancer de projectile a constitué une parade merveilleuse au célèbre gauche-droite-uppercut de papa et grand papa qui favorisait outrageusement les mâles alpha. A partir de ce moment, la guerre ne serait d’ailleurs jamais plus comme avant. Tout ceci explique que les groupes de chasseurs-cueilleurs aient fini par devenir assez égalitaires. Cet espèce d’âge d’or s’est cependant achevé avec la sédentarisation humaine qui a caractérisé la révolution du néolithique. Avec la civilisation, les inégalités sont reparties à la hausse. Tel une pierre, le langage est en effet une arme à double tranchant. Grâce à lui, il est possible d’embobiner les gogos et d’envisager de nouveaux types de domination. La détention d’armement peut lui faciliter la tâche à cette intention. Imaginons que le maigrichon bigleux décrit plus haut soit à la tête d’une entreprise florissante. Il arrive en limousine. Le sportif survitaminé n’est que champion régional. Pour Brigitte Bardot, ce sera « en voiture, Simone ! ».       

La maxime :

Sur mes cahiers d’écoliers,

Jamais pitre mais de marbre,

Entre six et trois fois deux,

J’écrirai ton nom.

Egalité.

NOM DE NOM

Pour certains, il porte l’espoir d’une transformation de son pays qu’il aime tant et qui coule à pic. Pour d’autres, il incarne le rance plus que la France, c’est-à-dire le racisme dans toute sa splendeur. Eric Zemmour est tout d’abord un personnage grotesque, un Coluche qui s’ignore. Examinons les mesures phares de son programme politique.

La solution des problèmes de la France réside ainsi dans la gestion de l’état civil. Non, il ne s’agit pas de veiller à ce que les fonctionnaires qui sont préposés à cette tâche demeurent éveillés derrière leur triste guichet. Le projet est plus ambitieux… C’est l’histoire d’un type. Est-il bon ou mauvais ? Est-il fiable et honnête ? Sert-il les intérêts de la France ?  Inutile de passer du temps avec lui. Qui a du temps pour ces niaiseries ? Demandez-lui comment il s’appelle. Si c’est Gilbert, c’est OK. C’est peut-être un peu vieillot comme Etiennette ou Huguette mais, on peut dire ce qu’on veut, ça sent bon le terroir, la baguette, le béret et le litron. Voici un autre zozo. Il répond au doux prénom d’Abdel Malik, voire Abd Al-Malik, comme le calife omeyyade. Il prend donc probablement bien le soleil. Comment peut-on imaginer qu’il s’agisse d’un excellent français, se déchaîne Zemmour dans ses meetings ? Il n’a pas tort. Prononcez doucement et rapprochez-vous de lui. Et voilà que sa physionomie se transforme. Il ressemble à un fier guerrier barbu brandissant son cimeterre et hurlant un truc comme : « Oula, j’en ai marre ! ».   

Certes, on associe assez peu spontanément Zemmour à reblochon. C’est normal, ce nom vient d’Azemmur, mot berbère signifiant plutôt olivier. Evidemment, les grincheux remarqueront que le militant d’extrême-droite vient du Maghreb et qu’il ne se serait pas accordé la nationalité française s’il avait été Président au moment où sa famille l’a obtenue mais Zemmour a bien spécifié que sa guerre portait sur les prénoms et pas sur les noms de famille. Bref, Laurent Mustapha, ça colle mais pas Mustapha Laurent. Le premier est un patriote et le second un félon présumé. N’entendez-vous pas le tic-tac de la bombe qu’il  s’apprête à balancer dans la foule ? En outre, les zemmouriens concèdent qu’une erreur reste possible. Reprenons Gilbert et Abd Al Malik. Gilbert Zemour – un homonyme du nôtre, avec un seul « m » mais, quand on aime, on ne compte pas – a été un célèbre mafieux, alors que le rappeur Abd Al Malik a écrit un ouvrage « Qu’Allah bénisse la France ! ». Il n’existe aucune procédure de détection d’anomalie sans défaut. Même à l’hôpital, on risque d’attraper des maladies.

Le critère du prénom ajoute une difficulté supplémentaire. Il ne permet pas toujours de distinguer clairement les prénoms kasher de ceux qui sont interdits. Ainsi, Eric est apparemment français mais il provient d’Erik, prénom scandinave. Même si l’on considère qu’une fois francisés, les prénoms sont attribuables à des citoyens, la situation devient éminemment complexe. L’introduction d’un degré de subjectivité nuit à la cause. Apprécions le dialogue suivant :

« – Je souhaiterais nommer mon fils William.

– Impossible monsieur, c’est un prénom anglais. Il faudrait le baptiser Guillaume.

– C’est effectivement en mémoire de mon grand-père britannique qui a participé au débarquement en 1944 mais je croyais que William était aujourd’hui considéré comme un prénom français, non ?

– Vous essayez de m’embobiner avec vos arguties et, moi, je vous parle du redressement de la France ».

La calendrier fait foi. Il y a une Saint Guillaume le 10 janvier.

Tout est-il réglé de cette manière ? Hélas, non. Il y a des injustices dans le calendrier. En quoi Venceslas, Romario, Raïssa et même Donald, aux relents étrangers, pas de chez nous, méritent-ils tellement d’y figurer ? Passons à un autre cas déroutant. Désormais moins de 20% des véhicules de Renault sont produits en France. A-t-on le droit en conséquence de célébrer les Mégane le 16 novembre en tant que déclinaison de Marguerite ? Et puis il y a Adolf. Il s’agit assurément d’un prénom allemand mais Adolphe est bien français et, bien que la fête du saint du même nom ait opportunément disparu du calendrier, il est possible de se reporter vers Adelphe qui est célébré le… 11 septembre. Et que faire avec la majorité des prénoms qui se terminent en « el » et viennent de l’hébreu ? Des saints portent leurs noms. Doit-on traduire Raphaël par « Dieu a guéri » ? Bof… On l’a pourtant fait pour Nathaniel ou Nathanaël qui a donné « Dieudonné »… On n’en sort pas décidément… Et que dire du footballeur Franck Ribéry qui a décidé de prénommer un de ses enfants Fetnat parce qu’il était né un 14 juillet ?  

Il n’y a pas que le départ, il y aussi l’arrivée. Un Français doit être enterré en France parce que, comme l’a dit dans un fameux discours  un homme cher au cœur de Zemmour, le maréchal Pétain : « La terre, elle, ne ment pas ». Plus essentiellement, après la réforme de l’état civil, Eric Zemmour envisagerait dans un deuxième temps de s’attaquer à un chantier plus conséquent encore, la prohibition des mots d’origine étrangère. « Sorbet » vient de l’arabe. Ceux qui en consomment devront reconnaître qu’ils dégustent une glace à l’eau ou se rabattre sur une tarte tatin. L’emploi du mot « week-end » sera encore plus sévèrement sanctionné. Derrière l’accent anglo-saxon, on décèle l’intention politique délétère. C’est l’appel du 18 juin, Churchill, Roosevelt. Quelle engeance ! Les défenseurs authentiques de la nation passeront leur « fin de semaine » à Vichy ou ailleurs. Attention toutefois à ces mots qui voyagent, slaloment, se métamorphosent et ne connaissent pas les frontières. « Flirter » vient de « conter fleurette ». France-Angleterre-France. Que faire ? Un chose est sûre, quand on ne dira pas le grossier « avoir la baraka » mais l’élégant « avoir le cul bordé de nouilles », la France aura grandi.    

La maxime :

Quand on boit du « 7 up », il est assuré le flop,

Mais le « 7 en l’air », c’est à tomber par terre.

EN DERANGEMENT

Cela n’a duré qu’une paire d’heures mais les médias en ont abondamment parlé. Les services d’urgence, le 15 et le 18, n’ont pas été joignables une nuit entière. Ils étaient en dérangement. Une transition facile pour évoquer le cas d’une personne qui elle aussi a été en dérangement la même semaine. La coïncidence est assez frappante.

Méluche est un bon client, c’est vrai. Il n’en loupe pas une, c’est entendu. S’il y a une ânerie à proférer, elle est pour lui. Il la voit toujours en premier. C’est un talent ! Les victimes du terrorisme auxquels, dans l’enthousiasme, il a ajouté « papy Voise », le vieil homme qui s’est fait défoncer le portrait juste avant l’élection présidentielle de 2002 ? Il leur a sauté dessus à pieds joints. OK… mais que d’aucuns en profitent pour jeter le discrédit sur la sphère des Insoumis n’est ni juste, ni charitable, étant donné que les critiques en interne ont été d’une férocité sans nom. Le courant indigéniste s’est en effet insurgé contre les sous-entendus implicites de sa tirade. La droite et l’extrême-droite exploitent politiquement les attentats, c’est finalement de bonne guerre et on peut difficilement espérer leur soutirer l’engagement qu’ils ne le feront plus à l’avenir. En revanche, si l’on suit le raisonnement méluchonien, le cœur du problème réside dans le choix même de la date des attaques. Ce qui revient à adresser indirectement des critiques envers leurs auteurs.

La bande à Obono s’est aussitôt fendue d’un communiqué cinglant reprochant au guide suprême une « attitude néocolonialiste ». Mélenchon sait pertinemment que les islamistes ont leur propre agenda. Il est donc inacceptable, voire impérialiste de leur interdire des périodes d’action sous prétexte que les échéances de la vie politique française priment. Les rendez-vous des uns valent bien ceux des autres. Le contrefeu allumé immédiatement fleure bon le malaise et témoigne de la volonté de passer à autre chose dans la famille insoumise. Dans cette perspective, la cellule de crise du mouvement s’est surpassée annonçant que Mélenchon avait reçu de « graves » menaces de mort – ce type d’intimidation ne l’étant manifestement pas toujours. Elles ont d’ailleurs été confirmées dès le lendemain par la claque assénée à Emmanuel Macron. On sait maintenant avec certitude que l’agresseur du Président ne portait pas de lunettes. Il est probable qu’il a confondu les deux hommes et qu’il visait plutôt notre « Leader Minimo » adoré. Tout se tient. God bless our precious Meluche !

La litanie de coups de sang méluchoniens ne s’appuie pourtant pas sur la biographie d’Achille Zavatta. Elle prétend tirer son origine des idées de Karl Marx… enfin réinterprétées tout de même. Reprenons : le marxisme de papa, à l’ancienne, décrit un système où le capitaliste exploite le prolétaire certes mais quasiment « à l’insu de son plein gré ». En remplaçant l’homme par des machines, l’« homme aux écus » ne se rend pas compte qu’il scie la branche sur laquelle il est assis. Il provoque une baisse tendancielle du taux de profit. On pourrait retrouver un engrenage assez semblable aujourd’hui avec ces entreprises qui, pour économiser quelques centimes, achètent des composants à l’autre bout du monde mais, ce faisant, puisent dans notre stock d’énergies fossiles. L’absence de conscience était une caractéristique du marxisme old fashion. Les forces qui opéraient n’étaient pas visibles à l’œil nu, sauf pour les rares penseurs capables de prendre de la hauteur par rapport aux phénomènes étudiés.

Seulement voilà, la crise ultime n’est pas survenue. Le système ne s’est pas effondré de lui-même. Les marxistes ont alors été amenés à amender le modèle originel. Si le capitalisme survivait, c’est parce que l’Etat se portait opportunément à son secours. Et, pour le coup, il n’est nul besoin d’être membre du parti pour trouver des mesures gouvernementales qui s’inscrivent dans la logique de soutien aux entreprises – les ordonnances Macron qui réforment le Code du travail, la baisse de l’impôt sur les sociétés… Cela fait au moins 40 ans que cela dure. Il y a un même un discours bucolique qui accompagne cette politique économique : l’eau coule du ruisseau, les oiseaux gazouillent, etc. Ce n’est ni caché, ni secret. Toutefois, pour certains, ce n’est pas assez. Ce n’est pas parce que l’on peut agir à visage découvert qu’aucune entente secrète, qu’aucune conjuration ne sont envisageables. Pour le vice, pour le plaisir, pour ne pas laisser le terrain du conspirationnisme à l’extrême-droite.

 C’est le moment choisi par Méluche pour sortir son atout maître, Fréderic Lordon. Et là, finie la rigolade. On est maintenant chez les rouges, plus chez les nez rouges. L’air du temps dénigre le complotisme. Qu’à cela ne tienne, Lordon lui oppose le « complotisme de l’anticomplotisme ». Les puissants sont paranoïaques aussi bien que fûtés : pour désamorcer toute critique, ils hurlent aussitôt au complot. Etant eux-mêmes plongés jusqu’au cou dans le jeu conspirationniste, ils imputent à leurs adversaires leurs propres turpitudes. C’est ce qu’on appelle une « inversion projective ». Et cela va très loin. Prenons un exemple : Emmanuel Macron a travaillé dans une banque. Si son nom, Rothschild, est rappelé en permanence par l’extrême-gauche, il n’existe aucun relent antisémite. Les temps où Proudhon, Fourier, Blanqui et consorts déversaient leur haine contre les Juifs est révolu. On peut faire confiance à Lordon. Si un prochain président est salarié de la banque Neuflize Schlumberger Mallet, son nom sera pareillement mentionné.

Le raisonnement de Lordon est simple. Il est relativement mal vu d’être antisémite de nos jours. En conséquence, pour soutenir intelligemment le parti de la haute finance, il suffit de disqualifier ceux qui la rejettent en les taxant d’antisémitisme. Quand on parle de « complotisme de l’anticomplotisme », doit-on le préciser, la conspiration des nantis offre des horizons sans limite. Et si les méchants qui tirent les ficelles avaient placé Macron délibérément chez Rothschild pour tendre un piège à leurs ennemis quand il serait élu ? Autrement dit, quid du « complotisme du complotisme de l’anticomplotisme » ? Y a-t-il une fin à cela ? Si oui, sera-t-elle bonne ? Et y offrira-t-on des glaces à la vanille  ou, à défaut, au chocolat ? Les questions s’enchaînent à une vitesse vertigineuse ? En tout cas, quand l’ami de Méluche, Jérémy Corbyn, a perdu les élections en Grande-Bretagne, ce n’est pas à cause des musulmans ou des protestants, hein !

La maxime :

Une homme qui n’est jamais idiot n’est pas tout-à-fait humain

Un homme qui est tout-à-fait humain…

BRAVO MANU !

Fa, sol, si, do, Nicolas Sarko a suggéré aux gens de travailler plus pour gagner plus. Hollande ne leur a rien proposé du tout puis Macron est arrivé sur son cheval blanc et les a invités à faire comme lui, c’est-à-dire à réussir. Alors, c’est vrai, ce blog a souvent été sévère envers l’actuel locataire de l’Elysée. L’erreur de casting est tellement manifeste. Pourtant, tout n’est pas à jeter chez lui. Pas tout.

La polarisation de la vie politique ne se traduit pas uniquement par l’existence de camps dont les vues et les valeurs sont tellement irréconciliables que l’idée même d’un dialogue est jugée impossible. Un paysage constitué de « eux et nous » conduit à des réactions stéréotypées, quasi-pavloviennes. Dès qu’on sait que quelqu’un d’en face va s’exprimer sur un sujet quel qu’il soit, il est impératif que nous y trouvions un défaut, une tare prouvant que, décidemment, c’est un abruti et que nous avons raison. Ce type d’attitude permet de resserrer les rangs, de se sentir définitivement bien avec les siens. Il n’est pas sûr cependant que cela contribue vraiment à enrichir l’approche des problèmes et leur résolution. De par son œuvre, l’écrivain américain Bret Easton Ellis est a priori jugé incompatible avec les valeurs conservatrices. De ce fait, il s’est souvent retrouvé à déjeuner avec des intellectuels – cancel culture, woke culture… – bref, des gens bien propres sur eux. Et il raconte que l’une de ses « blagues » favorites consistait à leur demander s’il n’y avait pas une phrase, une décision de Président Trump qui était acceptable à leurs yeux. Cela les faisait inévitablement bugger à chaque fois. Funny !

Pour en revenir au Président Macron, sa position sur le dossier du Rwanda mérite le respect. Le terrain était en effet particulièrement glissant. Depuis le tout début des années 1990 au moins, les gouvernements français successifs – gauche et droite –  ont multiplié les décisions calamiteuses au sujet de ce petit pays africain dont la population est composée de deux ethnies, les Hutus et les Tutsis. Soulever le capot revient à incriminer à peu près tout le personnel politique français. Reprenons l’historique avec le Président Mitterrand qui décide d’accorder son soutien politique aussi bien que militaire au peu démocratique Président rwandais Habyarimana. Celui-ci, qui est un Hutu, meurt dans un attentat dont la responsabilité demeure aujourd’hui encore l’objet de controverses. Pour une faction extrémiste hutue proche de la famille du défunt, c’est l’occasion rêvée pour déclencher un massacre de masses contre les Tutsis et de régler le compte des Hutus modérés. En trois mois, environ 800 000 personnes , majoritairement des Tutsis donc, sont assassinées. Comme d’habitude, la communauté internationale est aux abonnés absents, y compris les alliés politiques tels que la France qui ne freinent pas les ardeurs génocidaires hutues.   

Seulement, le sort des armes s’inverse et la rébellion tutsie parvient à mettre en déroute les criminels. C’est justement le moment que la France choisit pour entrer dans la partie avec « l’Opération Turquoise ». Sous couvert d’intervention humanitaire, la cavalerie arrive enfin mais, pour les Tutsis, c’est un peu tard  – et des polémiques naîtront même concernant la détermination française à empêcher les dernières tueries. Pour les auteurs du génocide en revanche, l’interposition de la France est une bénédiction. Elle facilite leur fuite. Une partie s’installera en République du Congo, dans l’espoir d’une improbable revanche. La guerre s’y poursuivra d’ailleurs. Une autre partie sera exfiltrée en Belgique ou en France. Tous ces éléments sont remarquablement documentés. Citons pour illustration les ouvrages des journalistes Patrick de Saint-Exupéry, Jean Hatzfeld ou du chercheur Jean-Pierre Chrétien. Le cas de la journaliste belge Colette Braeckman est intéressant. Après avoir relaté les événements comme ils se sont déroulés, elle s’est livrée plus tard à une réinterprétation parce que le nouveau gouvernement tutsi n’était pas assez progressiste à son goût.

Le problème est là. Il y a une dimension politique, extérieure et intérieure. Sur le plan extérieur, la France est un pays en concurrence avec les Etats-Unis et la Chine. Il ne faut pas apparaître faible. Sur le plan intérieur, les voix les plus réactionnaires se plaignent de la maladie de la repentance perpétuelle qui frappe indistinctement tous les gouvernements français. En l’espèce, la présentation est biaisée. La France n’est pas un pays qui se trompe tout le temps sur tous les sujets, il y aurait sinon matière à s’inquiéter, mais est un pays qui s’est simplement mal embarqué sur un sujet et a persisté dans l’erreur au fil des années. Et à mesure que le temps passe, remettre en cause « ses » choix initiaux exige du courage et une capacité à prendre de la hauteur. Un individu qui a décidé de rentrer chez lui en autobus aura du mal à opter pour le taxi s’il en a laissé passer déjà dix. C’est pourquoi, à l’instar d’Hubert Védrine, des hommes politiques français se sont confortés dans le déni, voire ont carrément versé dans une forme de révisionnisme comme de Villepin qui a osé parler « des » génocides parce que les Tutsis se sont défendus.

Dans ces conditions, Emmanuel Macron a agi avec beaucoup d’à-propos en créant une commission d’historiens visant à étudier le rôle de la France dans le génocide. Appelée « la commission Duclert », elle a offert à la France la possibilité de descendre de son arbre, en lui faisant quitter sa position intenable. Le rapport a été publié. Védrine et de Villepin ont eu tout loisir de claironner que les soldats français n’avaient pas découpé les victimes tutsies à la machette, comme si quelqu’un l’avait suspecté un jour. Plus fondamental, le Président Macron a pu se rendre à Kigali, la capitale rwandaise, avec du lourd dans ses bagages. Certes, il a un peu finassé sur la question du pardon – ça se demande ? Ça s’accorde ? C’est gratuit ? Allo, Paul Ricoeur ? –  mais, pour les autorités rwandaises, l’essentiel n’était pas là. Le relation entre les deux pays pouvait repartir sur de bonnes bases et, cela, c’est à Macron qu’on le doit. Il faut le reconnaître.  

La maxime (Lao Tseu) :

Si quelqu’un t’a offensé, ne cherche pas à te venger,

Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre.

LES « CLES DU CAMION »

Dany se vante auprès d’un ami :

– Pour qu’il n’y ait pas de dispute avec ma femme, c’est simple : je prends toutes les grandes décisions mais je lui laisse les petites.

– Mais comment faites-vous pour séparer concrètement les domaines ?

– Cela ne s’est pas encore posé. Jusqu’ici, nous n’avons été confrontés qu’à de petites décisions.

Cette blague tout-à-fait innocente permet d’introduire une notion très en vogue, commune aux champs de la philosophie, des sciences politiques, de l’économie et de la psychologie sociale, et reposant sur des hypothèses plus que robustes comme on dit, je veux parler des « clés du camion ». L’idée est pourtant assez basique. Elle traduit le fait que souvent, au final, une personne unique est décisionnaire. Elle seule a le pouvoir d’appuyer sur le bouton, de faire démarrer le camion, mais elle n’y est pas forcée non plus. On peut aisément la supposer assise sur le siège, hésitante, avec autour d’elle une foule d’individus l’exhortant, l’implorant, la menaçant pour qu’elle agisse dans un sens ou dans l’autre. La pression n’est pas uniquement dans les pneus. Elle pèse aussi lourdement sur elle. Il n’est pas simple d’y résister mais voilà notre individu, faible ou fort, a les clés en main. Cette image paraît plus appropriée qu’une tentative de jonglage avec des concepts qui, en cas de maladresse, pourrait s’avérer assommante pour le lecteur.

La récente mesure des autorités chinoises qui fixe le nombre idéal d’enfants par famille à trois est une excellente illustration de cette théorie mais, avant d’en discuter, remettons les choses dans leur contexte. Il faut rappeler que, comme dans de nombreux pays asiatiques de culture patriarcale, la Chine souffre d’un déficit structurel de femmes. La préférence pour les garçons a conduit à une pratique massive d’infanticides ou d’abandons qui a accouché à terme d’un terrible déséquilibre. Selon l’économiste Amartya Sen, c’est environ 100 millions de femmes que l’on peut considérer comme « manquantes » à l’échelle du continent. A cette tendance, s’est greffée une problématique spécifique. La Révolution culturelle du Président Mao avait ramené le pays à l’Age de pierre. La volonté de modernisation économique de son successeur, Deng Xiaoping, a eu pour corollaire l’instauration d’une politique de l’enfant unique à partir de 1979. La population étant jugée assez nombreuse, peut-être même trop, l’objectif était que les habitants se concentrent sur les activités productives plutôt que reproductives.

Le raisonnement était simple. Une grossesse était perçue comme une perte de temps, un gaspillage de ressources immédiates. Les femmes devaient être présentes en permanence dans les champs ou les usines. Sur la question des « clés du camion », il serait trompeur de croire que ce sont les familles chinoises qui les détenaient alors. Bien sûr, le gouvernement ne s’insinuait pas dans leurs chambres. Même dans un pays qui se targue de retirer des points aux piétons qui traversent en dehors des passages cloutés, le projet d’installer des caméras filmant les ébats ou plus exactement s’assurant de leur absence n’a jamais été sérieusement évoqué. Chacun pouvait donc se comporter comme il l’entendait avec son conjoint, enfin avec son accord, sans que les autorités n’y puissent rien. Cependant, les autorités gardaient la main dans le sens où, dès qu’une famille transgressait la directive, elle s’exposait à de sévères sanctions : condamnations, pénalités financières, perte des enfants en rabe. La politique était stricte. Aucun dépassement n’était toléré, pas 1.2, même pas 1.1, juste un enfant.

La preuve ultime que les « clés du camion » se trouvaient en possession du pouvoir politique est que ce dernier est parvenu à ses fins. Il a si bien freiné les ardeurs reproductrices des Chinois qu’un souci démographique est logiquement apparu à la suite. Il a certes fallu attendre un moment pour observer une inflexion mais, en 2015, la politique de l’enfant unique finissait par être abandonnée avec le doublement du nombre d’enfant par foyer. Puis, en 2021, les autorités ont passé la surmultipliée avec 3 naissances. On imagine les changements d’attitudes à venir autour du paddock, d’un évitement prudent et délicat à des assauts frénétiques de madame pour satisfaire le Président Xi Jinping. Quand les sociologues nous dévoileront les nouveaux secrets d’alcôve au sein de l’Empire du milieu, cela risque de valoir son pesant de cacahuètes ! Quoi qu’il en soit, désormais, les « clés du camion » ont été récupérées par les familles. L’exigence de civisme, les discours moralisateurs et les sommations implicites n’y feront rien. On ne peut pas obliger les couples à faire des enfants, même en Chine.

Quand aucune contrainte n’est praticable, il reste les incitations positives. En l’espèce, cela semble assez mal parti chez les Chinois. Au-delà d’un minimum versé grâce à un système d’assurance, le supplément d’allocations de maternité est à la charge des entreprises. De ce fait, la situation des femmes sur le marché du travail est extrêmement fragilisée. L’encouragement politique à accroître sa descendance est perçu par les patrons comme une entrave à l’efficacité productive, à cause de la période d’absence, et un coût économique direct, le supplément d’allocation. Déjà sujettes à des discriminations, les femmes risquent d’être de plus en plus cantonnées à des tâches subalternes sous-payées, voire d’être licenciées même si la loi l’interdit. Bref, tout est mis en place pour que le projet gouvernemental capote. Véritables dindons de la farce, les femmes chinoises ne sont pas obligées de rester les bras croisés. Elles peuvent brandir et agiter malicieusement les « clés du camion ». Sans grand danger de se fourvoyer, nombre de maris vont bientôt se heurter à un « tintin » de leur douce, les voisins ne seront pas réveillés en pleine nuit par des bruits bizarres et les fonctionnaires de l’Etat ne sont pas prêts d’être surmenés.

L’histoire :

– Pourquoi cherchez-vous vos clés dans ce coin ? Je croyais que vous les aviez perdues là-bas ?

– Vous avez raison mais ici, au moins, c’est éclairé.