MESSIEURS LES CENSEURS, BONSOIR !

Quand  de grands hommes sont rattachés à des événements cruciaux, on peut espérer des conséquences positives. Ainsi, Abraham Lincoln a permis l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis. Mais, quand le degré d’élévation des personnages est moindre, il ne faut pas attendre des miracles, même quand ce ne sont pas eux qui prennent les décisions.

Pour les ennemis de Donald Trump, les débordements du Capitole ont été une  véritable bénédiction. A force de jouer avec le feu, le freak plein de fric a été pris en flagrant délit de déclenchement d’incendie. Il a montré à la face du monde qu’il était un pompier pyromane. L’avalanche de critiques qui s’est abattue sur lui a été particulièrement impressionnante. Et c’est dans ce contexte que les dirigeants de Facebook et Twitter ont choisi de porter le coup de grâce à celui qui était alors le président des Etats-Unis en exercice en lui « coupant le sifflet », cela sous les acclamations d’une population et de médias ravis. Rappelons qu’avant d’être un équivalent de clouer le bec, laisser coi, faire taire, cette locution signifiait égorger – le sifflet désignant le gosier. Si cette mesure avait été actée plus tôt, elle aurait effectivement privé le pauvre Trump de son principal instrument de gestion du pays.

Au-delà du cas Trump, deux questions essentielles se posent : étant donné la place des réseaux sociaux dans notre vie aujourd’hui, le pouvoir de ceux qui se trouvent à leur tête n’est-il pas devenu exorbitant ? Par quelle aberration, des individus dont la principale vocation est de valoriser le cours de bourse de leur entreprise sont-ils en droit de distribuer des bons et des mauvais points en matière de ce qui peut se dire en ligne ? Alors que les clivages politiques sont très tranchés dans nos sociétés, sur quelle base précise fondent-ils leur jugement ? Qu’une personne appelant au meurtre soit privée d’accès à son compte est compréhensible. Au-delà, alors que le débat entre les défenseurs d’une liberté d’expression quasiment sans restriction et ceux qui souhaitent au contraire lui poser des limites est loin d’être réglé sur le plan juridique, voilà quelques milliardaires qui s’estiment capables de tailler à coup de serpe dans cette farandole de mots qui circulent à l’intérieur de leurs tuyaux.

Ces éléments sont déjà assez piquants mais le plus beau est ailleurs. Remontons jusqu’au soir de l’élection américaine, toujours avec Trump. Le candidat malheureux, visiblement mauvais perdant, déclare en conférence de presse qu’il a gagné. Et là, les grands networks américains, de CNN qui est en guerre contre lui à Fox News qui le soutient autant que possible, décident tous d’intervenir. Partout, un journaliste annonce d’un air tragique qu’il n’est pas possible de laisser Trump proférer des mensonges, en reprenant carrément l’antenne ou en en couvrant sa voix pour corriger (« non, chers téléspectateurs, c’est bien Biden qui a gagné »), un précédent est créé. Quand un homme politique racontera des bobards, il deviendra désormais possible de le réduire au silence. La chasse aux Pinocchio de tous bords est ouverte ! Nous voici entrés dans une nouvelle ère, celle la démocratie de la vérité. Menacer les menteurs d’aller en enfer comme le font les religions traditionnelles ou miser sur le réveil de leur conscience tourmentée ne marche plus. Désormais, il faut sévir.

Evitons les blagues telles que « mais qui restera alors sur le plateau télévisé ? » ou « cela marque-t-il la fin des soirées électorales ? ». Plus sérieusement, au moment au Trump a formulé son accusation de triche, nous ne pouvions être sûrs qu’il avait tort. Imaginons un instant que des fraudes se soient réellement produites localement. Que ce serait-il passé une fois qu’elles auraient été découvertes ? Comment auraient réagi les censeurs ? Autre hypothèse, si le candidat des Républicains avait été plus ambigu en proclamant qu’il aurait dû gagner ou qu’il méritait de gagner, laissant le champ libre à toutes sortes d’interprétations, y compris celle où il avait été privé de la victoire par des magouilles, devait-on ou non lui reprendre le micro ? N’était-il pas plus logique de laisser parler Trump et de préciser, une fois son discours achevé, que rien à ce stade n’étayait ses soupçons ? De quel type de légitimité des journalistes se réclament-ils donc pour interdire à des élus du peuple de s’exprimer ?

Les conséquences de ce précédent sont loin d’avoir été poussées au bout de leur logique. Projetons-nous dans le futur cette fois. Nous sommes en 2022, à l’occasion du débat de l’entre deux tours de l’élection présidentielle française. Les deux candidats s’assènent leurs vérités. Des journalistes siègent en coulisse. Un stage commando en matière de connaissances leur a été imposé afin qu’ils soient en capacité de dégager l’un des deux postulants du plateau le cas échéant. Ils sont incollables sur les sous-marins nucléaires, la politique fiscale, la politique étrangère… Le candidat A tient des propos litigieux. L’animateur interrompt le débat le temps que les « juges » se prononcent sur leur acceptabilité avant une éventuelle reprise. Allons encore plus loin et revisitons l’histoire à l’aune du principe de vérité. Lors du débat de 1988, Jacques Chirac a mis au défi François Mitterrand de contester « dans les yeux » sa version d’une affaire de terrorisme. Mitterrand a relevé le gant… Or, il a menti, il l’a avoué plus tard.

Plusieurs années après qu’il eut remporté sept Tours de France consécutifs, il a été prouvé que le cycliste Lance Armstrong s’était dopé. Ses titres lui ont été retirés sans pour autant être attribués au deuxième du classement. La politique devrait-elle effacer François Mitterrand des tablettes, au moins pour son second septennat où il a été pris « le doigt dans la confiture » ? Qui aurait alors gouverné la France pendant cette période ? Laissons ce débat philosophique à d’autres mais le problème se pose à partir du moment où la chasse aux menteurs est ouverte. Au bout du compte, comme disait le poète, « la démocratie, c’est bon comme les pêches Melba, point trop n’en faut ». Si le résultat des élections est une monstruosité ou, pour le dire autrement, une aberration pour les élites, il convient de dézinguer les empêcheurs de tourner en rond. Trump, le Brexit, etc… Autre définition de la démocratie idéale, c’est quand la majorité vote comme moi.

La maxime :    

C’est janvier, Darmanin pèle

Pire, Darmanin est sans gel

DEMAIN L’EMANCIPATION

Le mot émancipation tire son origine du latin « emancipatio », affranchissement de la tutelle paternelle. Par extension, il décrit toute situation dans laquelle un individu se libère d’une personne disposant de droits sur elle. On pense spontanément à l’esclavage. Le propriétaire perd la mainmise qu’il avait sur son sujet. Z’avez pas envie de briser un peu les chaînes ?

La notion d’émancipation ne s’inscrit pas exclusivement dans le registre juridique comme avec l’esclave qui devient libre, la femme qui obtient des droits dont elle était privée, le peuple qui accède enfin à l’indépendance. Dans ces cas de figure, c’est simple, « on s’émancipe de » quelque chose ou quelqu’un de précis. L’émancipation renvoie également à un état plus général. Les Lumières ont été l’étincelle de ce mouvement, qui renvoie à une dépendance mentale, psychologique. Il est important que l’homme s’émancipe tout court. En fait, il doit sortir de l’obscurantisme dans lequel des siècles de superstitions l’ont enfermé et ont contrecarré le développement de toute réflexion autonome. Le philosophe allemand Emmanuel Kant explique que « les Lumières, c’est la sortie de l’homme de la minorité dont il est lui-même responsable ». Autrement dit, l’être humain doit utiliser son entendement pour s’extraire de son petit monde étriqué. Il en est capable et porte ainsi une responsabilité dans son asservissement intellectuel.

Une série télévisée traduit bien la problématique kantienne. Il s’agit du « Prisonnier ». Un agent secret incarné par Patrick McGoohan est kidnappé juste après avoir présenté sa démission. Il se réveille dans un Village où tous les habitants, y compris les geôliers, portent des numéros. A chaque épisode, il cherche à s’en échapper. Les fondus, qui se retrouvent une fois par an sur le lieu de tournage à Portmeirion, au Pays de Galles, connaissent par cœur un passage culte du générique :

« – Je suis le nouveau numéro 2.

– Qui est le numéro 1 ?

– Vous êtes le numéro 6.

– Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ».

Le dernier épisode devait révéler qui des Britanniques, du KGB ou de la CIA  avait emprisonné le héros. Le chef des méchants retire son masque et apparaît alors dans un éclat de rire sardonique le visage de Patrick McGoohan… qui était finalement prisonnier de lui-même. Beaucoup ont peu goûté le final.

Entre Kant et la célèbre série anglaise, il ne faut pas oublier Karl Marx ainsi que ses héritiers, si l’on peut dire. L’inclassable Pierre-André Taguieff s’est livré à un examen décapant du cheminement de l’émancipation dans la mouvance marxiste. Depuis les écrits du père fondateur, le rejet du capitalisme a louvoyé entre deux critiques, celle de l’exploitation et celle de l’aliénation. L’exploitation a été le plus souvent mise en avant. Elle a été historiquement dominante, si l’on peut toujours dire. Les capitalistes exploitent les salariés en arrachant une plus-value de leur transpiration. Voilà la source de leur profit. Pour ce qui est de l’aliénation, la critique est beaucoup plus profonde et, en même temps, plus floue. Toutefois, une chose est claire : à la différence de la thèse de Kant, l’aliénation de l’homme est causée par la société, pas par une sorte de confort intellectuel. De nos jours, la critique de l’exploitation se fait moins entendre. Bizarrement, serait-on tenté de constater, puisque les inégalités économiques augmentent et que la précarisation du travail s’est renforcée ces dernières années.

L’émancipation est devenue le corollaire de la lutte contre l’aliénation. Libérer l’homme de tout ce qui l’empêche de se réaliser est un projet qui s’avère extrêmement ambitieux. Parfois cela plane tellement haut que cela donne le vertige. Pour Aurélien Barrau le mal nommé, le but est la « déconstruction du ‘carnophallogocentrisme’, c’est-à-dire la terrible hégémonie de l’homme (blanc, faudrait-il ajouter), rationnel (…), en érection (…) et mangeur de viande ». Si l’individu plane de la sorte, ce n’est pas forcément qu’il consomme des substances hallucinogènes dont chacun aimerait connaître le nom. Il est en effet astrophysicien de métier. A ses yeux, les solidarités ne sont plus les mêmes. Le compagnon d’arme du révolté n’est plus le prolétaire, qui nous dégoûte même avec son steak de bœuf saignant et ses blagues machistes, mais le castor et l’otarie. Après la suppression de tous les carcans, l’universalisme de l’homme consiste à se fondre dans le cosmos. Pas simple étant donné que l’univers est lui-même en pleine expansion.

Dans ces conditions, le traditionnel combat contre les injustices sociales risque fort de passer à l’as. Il est intéressant de noter que l’organisation altermondialiste Attac s’est fixé deux objectifs, « l’accès de tous aux besoins fondamentaux et l’émancipation de l’humanité ». On pourrait imaginer que l’émancipation de l’homme implique une satisfaction préalable des besoins de base de l’être humain. Alors pourquoi mentionner ces derniers malgré tout dans ce qui s’apparente à un pléonasme ? En vérité, ces considérations terre-à-terre semblent tellement diluées dans l’espérance de l’émancipation qu’il vaut mieux les rappeler de temps en temps. Nous nous lâchons un peu intellectuellement parce que c’est bien agréable mais, nous n’oublions pas la misère, hein ? Quand l’homme et la vache marcheront la main dans la patte, les pauvres auront malgré tout de quoi se nourrir. A moins que cela suppose la division de l’humanité en deux, ceux qui devront se contenter de manger à peu près à leur faim et ceux qui seront en orbite autour de la terre avec un bol de quinoa.

Les institutions établissent un cadre. Pour l’homme en quête d’émancipation, tout ce qui fait office de médiation, de point d’appui, est assimilé à une entrave, qu’il s’agisse de la famille, de la démocratie représentative, de la nation, etc… Le problème est que les institutions sont nécessaires, si l’on souhaite réformer le système – neutraliser les paradis fiscaux et ceux qui jouent à cache cash ou garantir une meilleure redistribution des richesses par exemple. Une coopération internationale entre Etats est même indispensable. Sans cela, aucun progrès n’est à attendre. Les masses écrasées par des conditions de vie indécentes n’auront d’autre choix que de se révolter. Il y aura des éruptions sporadiques de violence. La politique du pire. S’agit-il de l’agenda secret des partisans de l’émancipation ? Il y a plus d’un siècle, les communistes s’opposaient aux socialistes :  « évitons que la situation des travailleurs ne s’améliore pour que survienne la révolution ».  

La maxime :    

Soyez un sacré numéro

Et bonjour chez vous

ELEMENTAIRE, MON CHER WATSON

Dans une célèbre chanson, Fernandel nous invite tous à la réflexion : « On m’appelle simplet / L’innocent du village / Doux comme un agnelet / Je mène la vie d’un sage ». La simplicité conduit-elle à un degré d’intelligence supérieur ? Il faut l’espérer parce que l’homme semble avoir des prédispositions en la matière.

Pour rendre compte du fonctionnement de notre cerveau, le prix Nobel d’économie Daniel Kahneman explique que deux systèmes de pensée cohabitent – l’un, qui est plus primitif (système 1), fournit des réponses rapides et plutôt intuitives et son compère qui lui se livre à une analyse sophistiquée (système 2) des problèmes auxquels il se trouve confronté. La répartition des tâches dépend évidemment des individus mais les multiples expériences menées sur le sujet prouvent que tous les êtres humains recourent bien volontiers au système le plus basique. Par facilité, parce que l’activation de la machine à vraiment réfléchir est coûteuse et même parfois ruineuse pour notre santé mentale, nous nous complaisons à faire régulièrement appel à ses services. Pour ce faire, nous nous appuyons plus précisément sur des heuristiques de jugement. L’ennui est que ces opérations mentales quasi automatiques, qui sont finalement des espèces de raccourcis de la pensée, débouchent souvent sur des biais.

Les expériences qui valident ce résultat ne manquent pas. Dans une démarche qui ne manque pas de saveur, de nombreux chercheurs en sciences sociales se sont terriblement remués les méninges, mettant ainsi en action leur système d’analyse pour montrer que les hommes mais aussi les femmes (hé, hé) utilisent abondamment leur système primitif. Lorsque l’on demande par exemple à des cobayes s’ils jugent à quel point des proverbes se vérifient dans la réalité, « les ennemis de mes amis sont mes ennemis » est considéré plus vrai que « les adversaires de mes proches sont mes ennemis », idem pour « petit-à-petit, l’oiseau fait son nid » par rapport à « peu à peu, l’oiseau fait son nid », comme si la rime ajoutait de la crédibilité. De la même manière, une affirmation fausse sera plus acceptée si elle écrite en caractères gras. En d’autres termes, tout ce qui présente une absence d’aspérité et donne une apparence de vérité est plébiscité par notre système 1.

Jusque-là, nous restons dans le léger. Les conclusions à en tirer dépassent rarement le choix du prénom de ses enfants – en France, évitez de prénommer votre enfant Vladimir Ilitch surtout si vous portez un nom de famille à rallonge. Quand on s’aventure dans le champ politique, cette espèce de paresse qui caractérise la pensée humaine devient beaucoup plus gênante. Les citoyens se forgent des idées erronées en raison d’un positionnement personnel qui repose souvent sur des fondements plus que fragiles. Leur vote ne correspond donc pas forcément à leurs propres valeurs. Quand on n’a ni le temps, ni d’intérêt, à trop se renseigner sur les questions politiques, la manière de procéder est identique : il s’agit de faire simple, de chercher une lecture des événements qui ne provoque pas de mal de crâne. L’objectif est d’identifier un repère, une balise avec laquelle il sera aisé de voyager intellectuellement, de dérouler une argumentation.

En ce sens, Donald Trump a été une pure bénédiction, le client rêvé. En raison de sa politique brutale, son style provocateur, sa grossièreté, sans oublier ses bourdes, il n’ a pas été uniquement un objet de détestation de la part de ses adversaires politiques – ce qui est après tout normal – mais il a été lâché au fil du temps par quantité de ses plus fidèles partisans. Son refus d’accepter le verdict des urnes a même été, comme on dit, le pompon. Il a été et restera un parfait repoussoir. Inutile de développer davantage la réflexion. En guise d’analyse, il suffit d’associer les épouvantails ensemble. La journaliste de CNN Christiane Amanpour n’a pas manqué l’occasion de comparer Trump au nazisme et elle n’est pas la seule à avoir osé la comparaison ! Tout se passe comme si, aux outrances du politicien américain, devaient faire écho une critique démesurée. Au bout du compte, si le succès du trumpisme consacre l’avènement du système de pensée 1, une partie non négligeable de la critique a fonctionné de la même manière : flemme et surenchère.

Une fois la distinction entre gentils et méchants établie, la voie royale du positionnement politique est toute tracée. Pour les partisans de Trump, c’est évident, les élections ont été truquées. Pour ses adversaires, c’est de la mauvaise foi puisqu’aucune preuve n’existe à ce propos. Il est juste amusant de constater que les mêmes médias, qui soulignent avec délectation combien Trump est un mauvais perdant, suggéraient quatre ans plus tôt à Hilary Clinton de contester juridiquement sa défaite, suspectant sans preuve une triche électronique organisée par l’étranger. Le « deux poids deux mesures » est effectivement une marque de fabrique de la superficialité en politique. La logique est implacable. Je suis une personne merveilleuse et j’ai choisi de voter pour X qui, par conséquent, est un candidat de qualité. Si l’on accepte l’hypothèse que le camp du bien doit triompher, tout résultat contraire crée une dissonance cognitive. Alors, dès que quelqu’un explique la défaite par la fraude, tout redevient cohérent.

Un regard objectif sur les faits historiques rend la mobilisation du système 1 en politique entièrement inappropriée. L’opposition entre l’icône John Fitzgerald Kennedy et l’ignoble Richard Nixon lors des élections de 1960 l’atteste. Le père de Kennedy avait fricoté avec les nazis, les vrais. C’était le père. Le fils, lui, préféra tirer parti des relations de la famille avec des chefs mafieux. Vu l’infime écart de voix entre les deux candidats, il est clair que Kennedy aurait perdu les élections sans le secours de l’organisation de Sam Giancana, avec lequel il partagea d’ailleurs une maîtresse. Pour briser davantage les stéréotypes, ajoutons que c’est le démocrate Kennedy qui engagea les Etats-Unis dans la guerre du Viêt-Nam et c’est le républicain Nixon, élu plus tard, qui y mit un terme. Le but n’était pas ici d’abîmer une légende mais de faire ressortir la nécessité de passer par le système de pensée 2 si l’on veut prendre du recul et comprendre la vie politique. Système 2, prêt ? Prêt ? Prêt ? Qu’est-ce ça veut dire, ça ne m’intéresse pas !!!

La maxime :

Dans la vie, ne faites pas de complexe

En politique, faites le contraire.

NE NOUS VOLEZ PAS LE COVID

De la même manière que Céline affirmait que « L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches », il apparaît que « Le covid19 c’est l’infini mis à la portée des complotistes ». Les réalisateurs du film « Hold up » qui dure 2 heures 43 minutes s’en sont donné à cœur joie, c’est certain, mais n’auraient-ils pas pu faire mieux ? Ont-ils vraiment saisi la balle au bond ?

Jusqu’à ce grand moment de cinéma, il faut reconnaître que le complotisme était plutôt bas de gamme. Par exemple, un zozo entrait dans un hôpital caméra sur l’épaule pour constater que le service des urgences était vide. Du coup, il clamait haut et fort que la théorie selon laquelle le système était en train de crouler sous l’afflux de patients était une pure escroquerie. Cela impliquait évidemment que tous les témoignages des personnels médicaux, des malades, de leurs familles, sans oublier les hommes politiques (ouaf, ouaf), qui avaient été patiemment accumulés ces derniers mois, étaient des faux, des « fake ». Difficile de savoir s’il s’agissait d’extra-terrestres aux yeux des conspirationnistes mais au moins la supercherie était supposée avoir été mise au jour. On sent bien que l’argumentation était un peu faiblarde. Une approche plus consistante, plus globale, était indispensable pour nourrir la croyance. Il convenait de trouver une ligne directrice, un narratif plus convaincant qui exclurait l’intervention des martiens. C’était l’intention de ceux qui ont commis ce « Hold up ».

Les auteurs du film sont de fins limiers. Ils ont découvert que l’Institut Pasteur a fabriqué le coronavirus à des fins mercantiles. Il faut dire que ses dirigeants n’ont pas été très malins sur le coup. Pensant jouir d’une totale impunité, ils ont agi à découvert et ont même déposé un brevet. La suite s’enchaînait telle une mécanique implacable. Un pacte diabolique avait été signé par tous ceux qui tireraient profit du crime : l’industrie pharmaceutique, les producteurs de masques, Amazon et bien d’autres. Sur ce point, les auteurs ont pêché par manque d’exhaustivité. De plus, ils n’ont pas explicité la stratégie de l’Institut Pasteur qui, bien que déclencheur, a apparemment pris quelque retard dans la fabrication du vaccin. Il ne s’agit pas d’une bourde typiquement française à la façon de la ligne Maginot. Non. Pendant que Pfizer, Moderna et Astra Zeneca s’envoyaient des éprouvettes à la figure, les pasteurisés ont préparé le coup suivant. Une loi est en préparation : il sera bientôt interdit d’attraper le covid, et encore plus d’en mourir, sans verser de droits à l’Institut Pasteur – et gare aux contrevenants. Jackpot assuré.

Le film a la chance de bénéficier d’un casting de luxe avec notamment le témoignage de Philippe Douste-Blazy qui n’a jamais su résister à une caméra et le gazouillis de Monique Pinçon-Charlot qui n’est désormais plus capable de contenir sa haine des élites. La sociologue évoque un « holocauste » des pauvres par les riches. On apprécie l’ironie de la situation. Les dominants scient la branche sur laquelle ils sont assis. En effet, la disparition des pauvres marquera la fin de leur suprématie : sans mal, pas de bien ; sans pauvres, pas de riches. C’est pourquoi il aurait été avisé de se projeter au-delà de ces regrettables crimes de masse. L’emprise de l’Etat sur nos vies a atteint une nouvelle dimension avec le port du masque et les attestations de sortie dérogatoire. Pourquoi ne rien dire de la suite ? Le silence des auteurs est suspect. Sont-ils de mèche avec ceux qui nous manipulent ? A la suite d’une étude montrant que la prononciation de la lettre « p » s’accompagne d’une dangereuse projection de postillons, le gouvernement songe à interdire son utilisation… sauf attestation. Dire : « papa » coûtera 135 euros.

A moins que les peintres de ce théâtre d’ombres chinoises soient conscients qu’ils n’ont pas poussé la machine jusqu’au bout. Cela signifierait alors qu’ils avaient anticipé leur fabuleux succès et qu’ils en gardaient en réserve pour « Hold up : le retour », « Hold up 3 », « Hold up 4».  Point important, le financement du film relève d’une démarche participative. Une cagnotte citoyenne a permis l’expression de cet autre son de cloche. On ne peut que s’émouvoir face à ce réveil du peuple à l’époque de la démocratie 2.0. Les contributeurs attendaient un discours spécifique et ils en ont eu pour leur argent. Ce paiement est d’ailleurs appelé « billet» de confirmation. Tout au plus peut-on regretter que les faits, eux, n’aient pas vraiment joué le jeu. Il a fallu un peu leur tordre le coup pour aboutir au résultat escompté. Un philosophe avant-gardiste a déjà construit le concept de « fascisme de la réalité » puisque celle-ci refuse de se plier à la volonté populaire. On se souvient que les médecins de Molière regrettaient que la maladie de leur patient ne corresponde pas au tableau clinique qu’ils exposaient. Ils s’étaient arrêtés à cela. Désormais, la réalité ne doit plus stopper le désir de l’homme.

L’existence d’une alternative au discours officiel est assurément revigorante pour la démocratie mais pourquoi mettre en avant une seule version contradictoire ? Je souhaiterais donc modestement apporter ma propre pierre à l’édifice en proposant une thèse supplémentaire. Les connaisseurs du monde grec savent que le caducée est un attribut de Hermès et qu’il ressemble au bâton d’Asclépios, Esculape en latin, d’où une rivalité entre eux qui commence à dater. Hermès est le dieu du commerce et Asclépios, (demi) dieu de la médecine. Le premier a récemment décidé d’écraser le second. Il a répandu une pandémie sur la terre puis a bâti un dossier en béton afin de plaider sa cause devant Zeus. Il était clair selon lui que l’économie devait primer. En laissant le virus circuler, on ferait disparaître les vieux. Ce qui réglerait la question de la dépendance en même temps que cela accélérerait la transmission du patrimoine dans les familles  – d’où une stimulation de la croissance économique. Un plan machiavélique. Coincé Asclépios ? Point du tout. Connaissant la lubricité de Zeus, il a envoyé une sublime mortelle dans son lit. Effet garanti : le dieu suprême a tranché en sa faveur : les vieilles générations seraient épargnées. Les thérapies à l’ancienne sont manifestement encore en vigueur sur l’Olympe.

La maxime (du Professeur Montagnier) :

La papaye c’est la santé

Pas comme les Chinois sans thé

RADICAUX LIBRES

Le mot « radical » trouve sa racine dans « radix », un mot latin. Il signifie lui-même « racine » et par extension « profond », « essentiel », « absolu » ou encore « révolutionnaire ». La radicalité est-elle compatible avec la liberté ? Il est trop tard pour répondre : les « radicaux libres » sont déjà parmi nous !

Au commencement était la chimie. C’est en effet dans ce domaine que les « radicaux libres » ont pointé le bout du nez pour la première fois. Pendant les réactions qui se déroulent à l’intérieur de notre organisme, les liaisons entre atomes se rompent parfois. Privés d’électrons, certains d’entre eux apparaissent totalement déboussolés. Ce sont les « radicaux libres ». Ils cherchent alors à se fixer sur les molécules environnantes, ce qui transfère le déséquilibre à d’autres. Une logique de réaction en chaîne se met en place. La présence de quelques « radicaux libres » n’est pas nocive et permet même de lutter contre les agressions de virus mais point trop n’en faut. Une quantité excessive provoque des ravages et même des cancers. Dans cette perspective, l’oxydation joue un rôle négatif. Elle est favorisée par la pollution, le soleil, la consommation de tabac et d’alcool bien sûr, bref tous ces éléments qui désignent si bien nos sociétés. Les anti-Occident, pardon antioxydants, viennent opportunément à notre secours. Mangez des pommes, de la mâche, des choux, des rattes et versez-vous du thé.

Ces observations résonnent avec des événements récents. Ne vous prenez pas la tête. Si vous croisez dans la rue un être qui hurle « Allah akbar » avec un objet tranchant à la main, gardez vos distances ou vous pourriez perdre la vôtre. C’est une mesure de précaution qui ne jette l’opprobre ni sur les musulmans dans leur ensemble, ni  sur ceux qui pratiquent l’art du coutelier, mais voilà, être informé que des « radicaux libres » se trouvent dans notre proche environnement nous stresse. Précisons que la liberté dont il est question ici est d’abord physique puisque, par définition, les fanatiques religieux ne sont pas caractérisés par une grande ouverture d’esprit. Une liberté est pourtant revendiquée par les islamistes, c’est celle de rejeter l’Occident et sa superficialité. Entre le droit de ne pas boire d’alcool et celui de ne pas en voir, il y a une cependant une nuance. Les limites de la liberté mériteraient au moins un débat en classe de philosophie. Hélas, il s’agit d’une matière qui, comme la biologie, l’histoire et la gymnastique est susceptible d’indisposer ceux qui chantent à tue-tête les louanges de leur Dieu capiteux.

Il existe d’autres catégories de « radicaux libres ». La constellation des « Insoumis » en constitue un remarquable spécimen. Sa radicalité est attestée par un positionnement politique originel à la gauche du Parti socialiste (à l’époque où il existait). Cette agglomération hétéroclite d’anciens communistes, d’écologistes, d’indigénistes, d’antisystèmes est cimentée par une critique fondamentale de notre société – d’où l’étiquette d’« insoumis », synonyme de révolte. Pour ce qui est de la liberté, le refus de suivre le troupeau de ceux qui courbent l’échine l’atteste théoriquement. C’est beaucoup plus compliqué dans les faits. Il semble bien que, quand le chef choisit ses têtes, les adhérents se contentent de hocher la leur. Et pour le coup, le petit père Mélenchon, il en a des têtes. Ainsi, il déteste les Allemands, allant jusqu’à se réjouir d’une contre-performance teutonne en Coupe du monde face… à la Corée du Sud (s’agit-il d’une confusion avec la Corée du Nord ?) mais il a également dans le pif les Tchétchènes, les Tibétains, sans oublier le CRIF qui est censé contrôler les élections de nombreux pays dans le monde.  

La pandémie actuelle a conduit à l’émergence d’un nouveau groupe de « radicaux libres ». Il est apparu au fil du temps qu’une partie de la population considérait que le port du masque était une obligation plutôt désagréable – ce que les sondages confirment bizarrement. A partir de là, des collectifs se sont organisés, ont appelé à manifester, voir à désobéir : bas les masques ! L’argument de la privation de liberté est compréhensible. Bien que certains regards soient expressifs, avec un masque, il nous est désormais impossible de montrer aux personnes que nous croisons dans la rue que nous ne ressentons aucune sympathie envers elles. La dimension radicale repose sur l’idée que le port du masque n’est qu’un prétexte au renforcement du contrôle de l’Etat sur nos vies. Selon que la liberté ou la radicalité est mise en avant, ces mouvements prennent des colorations très différentes. En Allemagne, la contestation revêt souvent une forme politique. En Belgique, la problématique de la liberté prédomine. Les mauvaises langues ajoutent que les Belges désirent reprendre la tête du classement du nombre de morts par habitant. Dépassée par le Pérou, la Belgique n’est plus actuellement que deuxième.

Il serait ridicule de réunir les trois familles de « radicaux libres » sous un même étendard ou de parler de « convergence des luttes » même si rien d’interdit, surtout pas, à chacun de militer simultanément dans plusieurs de ces groupes. Néanmoins, quelques points communs ressortent. La passion affichée de la liberté est le premier d’entre eux. Lorsque l’on vit dans une démocratie politique, cette obsession paraît quelque peu mystérieuse. De surcroît et curieusement, la radicalité de ces trois ensembles partagent une inclination pour une partie du corps, la tête. Nul n’ignore que, chez les islamistes, la décapitation est la peine de mort par excellence. Pour ce qui est des « Insoumis », il faut se souvenir que le mot « capitalisme » vient de « caput », tête en latin. Etre anticapitaliste équivaut donc à s’en prendre à la tête du système. Enfin, si l’on en vient aux anti-masques, le rapprochement est encore plus immédiat. L’objet de la discorde est censé être arboré au niveau du visage. CQFD. 

La maxime :    

Pour le masque, c’est pas le pied

Utilise ta tête