A MEME LE SOL

La paternité d’une célèbre expression est souvent objet de polémique. « Plutôt mourir debout que vivre à genoux » n’y coupe pas. Elle a été attribuée à Albert Camus aussi bien qu’à Emiliano Zapata. Son but n’est pas uniquement de rendre possible le « J’aime, j’aime, tes genoux » d’Henri Salvador mais de montrer qu’il y a des positions qui sont préférables à d’autres.   

Etre debout a effectivement la cote. Pour France Gall, il n’y a pas match nul entre cette position et la station assis. Elle le clame haut et fort : « Il jouait du piano debout / C’est peut-être un détail pour vous / Mais pour moi, ça veut dire beaucoup / Ça veut dire qu’il était libre ». Le mot est lâché. Cela ne signifie pas pour autant qu’en jouer assis sur un tabouret est une preuve de servilité mais plutôt qu’être « droit dans ses bottes » ou dans ses chaussons témoigne d’une volonté de ne pas courber l’échine, de ne pas plier devant l’adversité. Bref, « résiste, prouve que tu existes ».

La génuflexion, plus ou moins poussée dans quelques religions, vise à marquer la soumission du croyant face à une divinité. Toutes les personnes alentours se rendent compte de cette déclaration d’humilité. Cela évite au fidèle de prononcer un bruyant « Moi qui ne suis rien, qui ne vaut rien » qui l’exposerait à un cinglant « Mais qui es-tu donc pour t’autoriser à dire que tu n’es rien, ni personne ? » des railleurs. La cérémonie de l’hommage féodal s’inscrivait dans cette logique. Le vassal à genoux faisait acte d’allégeance au « seigneur », en chair et en os cette fois. Un martien serait capable de désigner qui est en état d’infériorité.

L’origine de cette coutume remonte à des temps très anciens. Dans l’empire perse déjà, raconte Hérodote, l’inférieur se prosternait face contre terre en signe de déférence lorsque la différence de rang avec le dominant crevait les yeux. Cette forme de sacralisation porte le nom de « proskynèse », qui a plusieurs sens, notamment « se jeter à terre » et « envoyer un baiser vers » les deux n’étant pas incompatibles puisque celui qui s’incline peut être amené à embrasser fiévreusement les orteils du maître. Ne se prenant pas pour le dernier des derniers, Alexandre le Grand s’enthousiasma pour ce cérémonial et l’adopta.

Le zozo exigea de ses sujets que, désormais, ils s’inclinent de la sorte devant lui. Cette quasi divination ne fut pas du goût des Grecs qui l’envoyèrent se faire voir mais elle a prospéré malgré tout au-delà, que ce soit dans les sphères laïques ou religieuses, deux genoux sur le sol ou un seul. Il est possible d’établir un lien entre cette pratique et l’amour courtois où le preux chevalier s’agenouillait devant la gente damoiselle. Certaines demandes en mariage s’en inspirent encore aujourd’hui. La durée de la soumission n’est toutefois pas garantie par le geste puisque 50 % des mariages s’achèvent par un divorce.

Ce qui vaut pour les gens vaut pour les mots. Un argument qui tient debout sera davantage pris au sérieux qu’un raisonnement qui n’a pas cette qualité, voire qui est carrément bancal. De ce point de vue, le parti des Insoumis aurait pu choisir de s’appeler « les Debout », jour… et nuit. Ils ont finalement bien fait de s’en abstenir puisqu’ils auraient pu alors être confondus avec La République En Marche. En effet, la position debout a le gros avantage de faciliter les déplacements à pied. Michel Audiard disait qu’« un intellectuel assis », il aurait pu ajouter à genoux, « va moins loin qu’un con qui marche ». Sur ce plan, se trouver sur un genou ou les deux ne change pas grand-chose. La locomotion reste frappée d’un sérieux handicap.

Par une étonnante coïncidence, Aristote a été le précepteur d’Alexandre le Grand. Or, le célèbre philosophe a fondé l’école « péripatéticienne », parce que, conformément à l’étymologie du mot, il aimait enseigner en marchant. Selon lui, déambuler était propice au développement de la réflexion. Son élève empereur, lui, demandait à tout le monde de s’aplatir devant lui. Si l’on veut résumer succinctement, on dira qu’Aristote a été meilleur philosophe que professeur. Liberté et capacité à penser, tout semble concourir à ériger la position debout en gage de réussite. C’est hélas sans compter sur la position allongée qui rebat les cartes.

A priori, on comprend mal comment un subalterne allongé contre le sol peut en tirer un quelconque avantage. Il suffit pourtant de lui accorder la possibilité de se mouvoir pour que tout s’éclaire subitement. Celui dont le corps recouvre le sol n’a d’autre choix que ramper comme le serpent pour se déplacer. Oublions les préjugés judéo-chrétiens avec le reptile qui corrompt Eve et regardons-le en pleine action. Dans sa position horizontale, il ondule en permanence et peut ainsi contourner aisément les obstacles. La physique nous enseigne que la ligne droite lui est d’ailleurs interdite.

Le baron d’Holbach a commis un intéressant opus sur « L’art de ramper, à l’usage des courtisans » puisque c’est d’eux dont il s’agit. Il pensait surtout aux individus qui vivent à la cour dans l’environnement du Roi mais son analyse peut être élargie sans dommage à tous ceux qui s’aplatissent dans les grandes organisations, les chambres de commerce bien sûr en premier lieu mais également les administrations publiques et les entreprises. Pour dépasser ceux qui sont debout, quand on est complètement allongé, le nez contre terre, il n’y a qu’un seul moyen : être surélevé par le souverain dans un mouvement de translation car le courtisan doit rester parallèle au sol, comme en lévitation.    

Une connotation négative est associée aux mots arriviste, flagorneur ou porte-flingue. C’est faire fi de la difficulté à tenir une position de courtisan. Heureusement, d’Holbach rectifie, parlant d’un « art sublime (qui) est peut-être la plus merveilleuse conquête de l’esprit humain » parce le « courtisan bien élevé doit avoir l’estomac assez fort pour digérer les affronts que son maître veut bien lui faire ». A une époque où l’individualisme paraît sans limite, voir des hommes acceptent d’avaler tant de couleuvres – concurrence entre reptiles ? – a quelque chose de touchant. A ne pas confondre avec la « promotion canapé », où l’on s’élève pareillement depuis une position horizontale, mais qui nécessite d’autres compétences qu’un caractère lèche-botte.

La maxime (La Bruyère):

Il n’y a rien à la cour de si méprisable et de si indigne qu’un homme qui ne peut contribuer en rien à notre fortune : je m’étonne qu’il ose se montrer

LAISSEZ DONC VOS ESPRITS ANIMAUX AU BESTIAIRE

Prêter des traits humains à des chiens ou à des perruches ondulées, c’est se livrer sauvagement à des anthropomorphismes. C’est bête mais l’homme est ainsi fait qu’il ne peut s’empêcher de se comparer à tous types d’animaux. Untel est « malin comme un singe », tel autre est « perfide comme un serpent » ou « têtu comme une mule ». La pratique est ancienne.

La pensée occidentale a été façonnée par le monde gréco-romain. Cela vaut également pour sa description du monde animal. Aristote comme Pline l’Ancien font partie des références incontournables en la matière. Seulement, ces auteurs n’étaient pas des zoologues diplômés et, quand on regarde l’étendue de leur œuvre, on comprend aisément qu’ils aient eu d’autres chats à fouetter que se livrer à un travail de fourmi pour étudier par eux-mêmes comment vivaient les crocodiles. Alors, entre ce qu’ils avaient occasionnellement constaté et les récits qui leur avaient été rapportés, il y avait de la place pour des interprétations osées. Par exemple, pour Pline l’Ancien, l’éléphant a « un sentiment religieux pour les astres, et il honore le soleil et la lune » mais, pas de risque de guerre sainte, lui et ses frères « comprennent la religion des autres ». Dans un registre moins « scientifique », la contribution d’Esope, qui a fortement inspiré Jean de La Fontaine, en mettant en scène des animaux dans ses fables mérite d’être rappelée. En faisant rire ses auditeurs comme des baleines, son but était de leur administrer des leçons morales.

Au Moyen Âge, l’Eglise prit le relais, plantant ses griffes dans le cerveau de ses ouailles. Les plus fameux travaux de l’Antiquité, enfin ceux qui avaient survécu aux turbulences de l’Histoire, furent revisités par la chrétienté afin de servir son discours et les valeurs qui l’accompagnaient. Dans son examen des bestiaires de cette époque, Michel Pastoureau insiste sur leur empreinte religieuse. Peu apprécié des Romains, le cerf devint une créature christologique. Il fut présenté comme un symbole de longévité et, avec la repousse annuelle de ses bois, de résurrection. La sexualité débridée qui lui était imputée fut enfouie sous le tapis. Non, ce n’était pas une vipère lubrique ! Dans le même ordre d’idée, le lion fut couronné roi des animaux, détrônant l’ours qui avait la suprématie dans les pays du Nord. Il s’agissait de déraciner les derniers vestiges des croyances païennes véhiculées par les Vikings. Le lion fut paré de tous les attributs de la noblesse : courage, force et générosité. En sens inverse, l’ours fut dévalorisé et, pour cela, tous les coups furent permis, y compris ceux en dessous de la ceinture. Il n’était pas qu’un paresseux dormant une longue partie de l’année. Il s’adonnait à la luxure. C’était un gros pervers.

L’émergence de la science moderne entraîna un changement de paradigme. Les canons de validation du savoir exigeaient désormais une méthode plus expérimentale. Les observations du chercheur l’emportaient sur ses préjugés d’où qu’ils viennent. De cette manière, les Lumières qui éclairaient l’Occident proposèrent une nouvelle approche de la faune. Avec Georges Buffon et Carl von Linné, de grands classificateurs apparurent. En se lançant dans une investigation systématique du règne animal, ils firent disparaître en même temps les délires et la poésie : les effroyables dragons, les jolies sirènes et les cruelles licornes, confondues avec Gérard le narval, furent dédormais exclues. Leurs travaux influenceront les théories de l’évolution de Charles Darwin et Jean-Baptiste de Lamarck. Le progrès scientifique était en marche. Dans ce contexte, la zoologie et même l’éthologie, science du comportement des espèces animales dans leur milieu naturel, se firent leur petit nid. Des spécialistes des gorilles, des serpents, des requins émergèrent. La technologie, caméras et marquage, permit un suivi individualisé de ces bestiaux qu’il est impossible de différencier pour le spectateur qui n’a pas un œil de lynx.

La question qui se pose est « quid des anthropomorphismes ? » aujourd’hui. Ils résistent encore et toujours. Pour capter une attitude, l’homme a besoin de tout ramener à ses perceptions, à ses émotions. Ceci dit, la démarche ne manque pas forcément de sel. Prenons une jungle menaçante, celle de la finance et des salles de marchés, un univers où l’adrénaline (et pas seulement) coule à flot. On y distingue traditionnellement, trois catégories d’intervenants : les « hedgers », les spéculateurs et les arbitragistes. Les « hedgers » sont de paisibles acteurs comparables à un troupeau de moutons. Ils prennent des positions qui visent à les protéger contre les aléas du marché. Ces turbulences ne les amusent pas. Leur but est juste de rester en vie. Pourtant, les spéculateurs rodent dans les alentours. Ils sont prêts à prendre des risques considérables pour assouvir leur insatiable soif de richesses. Bien que leurs attaques fassent parfois chou blanc, ce sont tout de même de féroces prédateurs. Les arbitragistes, eux, profitent de certaines incohérences sur les marchés – un actif vendu au même moment à des prix différents à deux endroits différents – pour faire leur beurre. A l’instar des charognards, ils ne prennent pas de risque.

Dans un ouvrage plein d’humour, la zoologiste Lucy Cooke décortique le comportement de plusieurs espèces animales, parmi lesquelles les vautours. Que ces animaux s’en prennent à des cadavres a longtemps provoqué des haut-le-cœur. Les traitant de « lâches, dégoûtants, odieux », Buffon n’était pas le moins vindicatif à leur encontre. En dépit de ces préjugés et de leur air assez idiot, ces rapaces rendent des services à la collectivité. En se nourrissant, ils détruisent des bactéries porteuses de maladies dangereuses pour l’homme. De plus, en ajoutant au gaz naturel une substance qui a un parfum d’œuf pourri, leur odorat infaillible détecte les fuites dans les gazoducs. Par analogie, sans arbitragistes, les marchés ne fonctionneraient plus du tout. Que deviendrions-nous alors ? Dernier point, après un festin de roi, les vautours vomissent et défèquent à tire-larigot. La similitude avec les soirées arrosées de traders est forte mais pas entière. Quand les charognards se font caca sur les pattes, c’est en fait pour se rafraîchir.  

La maxime : (Michel Chrestien)

Les crocodiles vivent cent ans ; les roses trois jours.

Et pourtant, on offre des roses.

C’EST BIEN NATUREL

En faisant l’Epître, le poète Horace signala : « Chasse la nature à coups de fourche, elle reviendra toujours en courant ». Selon lui, il n’était pas possible pour l’homme de s’affranchir de sa nature profonde ou de la glisser sous le paillasson. Nous finissons par nous faire rattraper, non par la patrouille, mais par ce que nous sommes. Au trot ou au galop ?

Le prophète Isaïe annonçait un alléchant programme : « Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau ».  Plutôt que zoomer sur ces scènes assez olé olé, poursuivons avec le scorpion et la grenouille qui devisaient gaiment au bord du ruisseau. L’arthropode demanda à son compère de l’aider à traverser le cours d’eau en lui assurant qu’il ne lui ferait aucun mal. La grenouille rétorqua : « Je ne te crôa pas » avant de se laisser finalement convaincre. Le scorpion grimpa sur son dos et, au milieu de la traversée, piqua la grenouille, laquelle fit part de sa sidération : « Mais nous allons mourir tous les deux !

– Je sais, répondit le scorpion qui s’était finalement rétracté, mais qu’y puis-je, c’est dans ma nature de piquer… »

Les philosophes grecs, en particulier Aristote, ont développé une réflexion centrée sur la nature des êtres et des choses. Ainsi, l’homme est, par nature, un animal politique. La fin de tout humain se trouve dans la construction d’un espace de vie avec ses semblables. C’est donc dans la cité – yo, yo –  qu’il tend à réaliser la perfection de sa nature. Nature et fin sont directement liées. La nature d’une huître diffère de celle de l’homme d’ailleurs, leur QI n’est généralement pas identique. En fait, dans le monde sublunaire, de grandes catégories doivent être distinguées : homme, animal et végétal. A l’intérieur de chacune d’elles, des distinctions supplémentaires apparaissent : hommes libres et esclaves, grenouilles et scorpions, carottes et abricots. Il est possible d’affiner à l’envi. Ce qui sert de boussole dans ce travail d’entomologiste est la problématique nature-fin.

Quelle est la fin de l’entreprise ? Au bout de ses dix premières minutes de cours en économie, le lycéen répond sereinement : faire des profits. Il n’y a guère débat sur le sujet. Certes, environ 10 % des entreprises appartiennent au secteur de l’économie sociale et solidaire où d’autres considérations interviennent en parallèle mais, en dehors de cette sympathique minorité, la rentabilité est de loin l’objectif numéro un de l’entreprise. Le patron ne cherche pas à égayer les journées de ses salariés, ni à se faire des amis. Traduit simplement, le prix de vente doit impérativement être supérieur au coût de production. Dans un monde normal, les syndicats et la gauche se plaignent d’abus des patrons envers les salariés ou l’environnement. A tort ou à raison, ils reprochent à la quête de maximisation des profits de conduire à des excès.

Avant d’être associé à une action risquée ou audacieuse, « entreprendre » signifiait prendre entre ses mains. On saisit la logique originelle : l’entrepreneur vise à palper les espèces sonnantes et trébuchantes. Autre interprétation qui conduit au même résultat : « entreprendre », c’est entrer puis prendre… La nature de l’entreprise est, pour nous, un repère. Elle fait partie de notre environnement et tout comportement apparemment contre-nature est susceptible de nous choquer, de nous transpercer le cœur. Cependant, certaines déviances sont plus compréhensibles que d’autres. Il n’est pas surprenant qu’un sportif se dope pour gagner. Qu’il perçoive un chèque pour limiter ses efforts et perdre nous paraît débile. On s’attend à ce qu’une entreprise s’installe à l’étranger malgré un accord « gel des salaires contre sauvegarde d’emploi » signé avec les salariés. Qu’elle triple ses salaires sans raison, nous serions totalement perdus, au bord du malaise.

Pour la préservation de notre santé mentale, les cas de triplement des salaires sont heureusement fort rares. Mais il existe d’autres situations aberrantes, les ventes à perte, qui plus fréquentes. Il arrive en effet que l’entreprise se démène pour que son prix de vente soit inférieur à son coût de production. Cette politique porte le nom de dumping. Pour être précis, c’est toujours le prix de vente qui est abaissé et pas le coût de production qui est augmenté – puisque le triplement des salaires n’est pas une option. Mais alors pour quelle raison une entreprise se lance-t-elle dans cette politique étonnante ? La réponse est presque toujours la même. Le dumping est supposé permettre aux plus solides de surnager, de supporter des pertes, tandis que les plus fragiles mettent la clé sous la porte. L’entreprise survivante a ensuite tout loisir d’augmenter ses prix puisqu’elle s’est construit un monopole sur son marché.

La stratégie des entreprises est une chose mais notre état psychologique, qui est corrélé au respect des lois de la nature, en est une autre. C’est pourquoi le dumping est interdit sous de nombreuses latitudes. Cette prohibition est même un principe qui régit le commerce international. Un pays qui y recourt peut se voir signifier une interdiction d’exporter ses marchandises. Des vives discussions ont opposé les membres de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) au sujet du calcul des coûts de production. La référence doit-elle être systématiquement le pays exportateur, y compris s’il utilise le travail des enfants, ou peut-elle être à l’occasion le pays importateur ? Il y avait matière à s’écharper sur ces aspects techniques. En revanche, il y avait l’unanimité sur la nécessité d’éviter l’émergence d’un monde qui nous la fait à l’envers. Exit le dumping.

Dans ces conditions, les événements récents qui se sont déroulés aux Etats-Unis menacent jusqu’à la survie de l’intellect humain. Une entreprise qui produisait des pizzas s’enrichissait en rachetant ses propres pizzas. Explication : son prix de vente était de 24 dollars mais elle passait par une entreprise de livraison qui, elle, les facturait à 16 dollars. De la folie pure ! Ce n’est évidemment pas la position de l’entreprise de pizzas qui était bizarre mais celle de l’entreprise de transport. Son intention était de se faire connaître sur le marché par une politique agressive de prix. Ce qui lui coûtait 8 dollars par pizza. D’après la décomposition des mots, les entreprises qui jouent un double rôle d’« entre-preneur entre-metteur » sont souvent les plus filoutes.  Mal la tête, ça fait !

La maxime :

Bel or dure

Pas la verdure

QUE LES GRECS AILLENT DONC SE FAIRE VOIR ?

La rentrée des classes n’est jamais un moment banal, en particulier dans la relation parent-enfant. Pour les élèves de terminale, le but est ainsi de s’assurer qu’aucun de ses géniteurs ne se trouve à l’instant t dans un rayon d’un kilomètre du lycée. Cette année, les futurs bacheliers feront face à une émotion plus intense quand ils découvriront que les cours de philosophie ont été supprimés des programmes.

bûcher

Reprenons le fil des événements. Le mouvement « black lives matter » a suscité une immense vague de sympathie dans les pays occidentaux. Les Noirs sont encore aujourd’hui victimes de discriminations liées à leur couleur de peau aux Etats-Unis. Le phénomène n’épargne pas la France : les habitants originaires de ses anciennes colonies n’ont pas les mêmes chances que le reste de la population. Soyons clair : l’Etat français n’est pas raciste – pour affirmer le contraire, il faut soit méconnaître totalement l’histoire, soit consommer des substances susceptibles de déclencher de terribles hallucinations  (soit les deux) – et tous les Français ne sont pas non plus racistes mais les conduites racistes, discrimination à l’embauche notamment, sont loin d’avoir disparu sur le sol français. S’attaquer aux racines du mal est une tâche éminemment complexe et de longue haleine, qui combine une politique éducative visant à renforcer la mixité sociale et des mesures coercitives envers les organisations qui se conduisent illégalement. Hélas, en France, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, on a jugé plus commode de s’en prendre à des symboles.

Même si elle est portée par une juste cause, une foule déchaînée agit rarement avec discernement. En France, Colbert a été une des cibles favorites de ces iconoclastes d’un nouveau genre. Le plus célèbre Ministre de Louis XIV a été incriminé pour avoir promulgué le Code Noir qui fixait le statut juridique des esclaves dans les Antilles. Statues, lycées et rues à son nom se sont trouvés rapidement sur la sellette. En Grande-Bretagne, la statue de Churchill a même passé un sale quart d’heure. Sir Winston n’a-t-il pas été Ministre des colonies ? En charge du portefeuille en France, Jules Ferry  aspirait en sus à éclairer les peuples colonisés avec les Lumières. Les marques de reconnaissance de la République envers lui ont subi une sérieuse remise en cause au même titre. Par chance, le général de Gaulle n’a jamais accepté ce poste ministériel. Il peut dormir tranquille le grand Charles même si d’aucuns, frustrés par cette géniale anticipation, n’ont pu s’empêcher de vandaliser des statues à son effigie. Il n’existe aucune raison de débaptiser l’aéroport de Roissy. On l’a échappé belle !

Nous sommes face à une lecture entièrement rétrospective, sans recul et à l’évidence politique de l’histoire. Dans ce débat passionné, les historiens mobilisés laissent souvent transparaître leurs positions personnelles quitte à faire preuve de mauvaise foi. Au piquet notamment, tous ceux qui prennent le traitement du maréchal Pétain en exemple pour justifier la démarche de nos démolisseurs de statue. Le problème est bien connu : le héros de la victoire de Verdun a également été l’homme de la collaboration avec l’Allemagne lors de la guerre suivante. Cependant, la désacralisation de Pétain est caractérisée par le fait que la figure emblématique du régime de Vichy a été frappée d’indignité nationale de son vivant. Ce qui doit piquer les yeux n’est pas qu’on ait fini par déboulonner les statues du maréchal mais le temps qu’il a fallu pour que l’on passe à l’acte, tout cela parce qu’une certaine France est entrée en résistance sur ce point. Quand on dit que la France n’a pas trop résisté, ce n’est donc pas tout-à-fait exact. Nul n’a oublié combien le dépôt d’une gerbe sur la tombe de Pétain était un moment cher à François Mitterrand, Président au passé sulfureux.

L’esclavage a été le déclencheur de la Guerre de Sécession. Que les Américains détruisent des monuments érigés en souvenir de Sudistes racistes et qui adhéreront accessoirement plus tard au Ku Klux Klan, est compréhensible. Il s’agit de profiter de l’élan actuel pour faire céder de vieilles digues et faire évoluer des mentalités qui sont demeurées racistes tout au long des décennies. En revanche, dans le cas de Colbert, l’esclavagisme n’était pas un sujet de débat. Cette pratique faisait partie intégrante des mœurs de son époque. Elle était acceptée par toute la société française, par tous les pays européens et même par la planète entière. Rappelons quelques chiffres : 11 millions de Noirs ont été réduits en esclavage par les pays européens,  17 millions par le monde musulman et probablement autant par les Africains entre eux. Autrement dit, c’est toute l’humanité qu’il faudrait mettre à la poubelle jusqu’à l’abolition de l’esclavage qui s’est produite, selon les latitudes, entre les dix-neuvième et vingtième siècles. Et si tout individu doit être parfaitement respectueux des droits de l’homme, de la biodiversité, inclusif, etc… avant qu’un nom de rue lui soit attribué, il va falloir se rabattre sur des numéros comme à New York. Pour empêcher ce grand ménage, il aurait fallu du courage politique et du bon sens. Aïe !

C’est pourquoi, afin d’être présente à l’avant-garde du mouvement, la France a décidé de proscrire l’enseignement de la philosophie, discipline qui nous provient de la Grèce Antique. Les gens d’alors n’étaient franchement guère recommandables. Ils traçaient une claire frontière entre eux et les barbares, c’est-à-dire ceux qui ne parlaient pas comme eux. De plus, Socrate, Platon, Aristote et consorts n’étaient en rien incommodés par l’institution de l’esclavage. Pour des intellectuels de cet acabit, c’est d’autant plus impardonnable. Le Ministère de l’éducation nationale a bien pensé faire débuter la philosophie avec les modernes. Hélas, voilà que l’apôtre de la tolérance, Voltaire, avait un péché mignon, une marotte : c’était un antisémite obsessionnel.  En Allemagne, une de principales références sur la morale, Kant, n’a-t-elle pas préconisé « l’euthanasie du judaïsme ». L’obligation d’anachronisme imposée par nos bandes déferlantes rend son discours pareillement indéfendable. Voilà comment nous en sommes arrivés à cet allègement des programmes qui réjouira tous les cancres.

La maxime :

Passe de belle manière ton bac,

Mais n’écoute  ni Wagner, ni Bach.