SORRY, SORRY

La France s’interroge. Les discussions s’enflamment. Selon les sondages, 72,271 % des Français pensent que cela n’arrivera pas mais leurs adversaires ne désarment pas pour autant. Ils rejettent cette éventualité. Alors, il finira par s’excuser ou pas, le Président ? Beaucoup souhaiteraient le voir s’incliner, face contre terre, mais là n’est pas la question. Celle-ci est pardon ou pas pardon ?       

En faisant publiquement acte de contrition, Boris Johnson et Angela Merkel ont singulièrement compliqué la tâche d’Emmanuel Macron. Et la liste des dirigeants politiques est sur le point de s’allonger de façon spectaculaire ! Il semblerait que l’Espagnol Pedro Sanchez ainsi que le Grec Kyriakos Mitsotakis soient déjà dans les starting-blocks. Selon nos sources, Mario Draghi, qui n’est aux affaires en Italie que depuis février 2021 et à qui les dysfonctionnements dans la gestion du covid dans son pays ne peuvent être décemment imputés, devrait s’y coller également. Et que dire du Premier ministre belge, Alexander De Croo, à la tête d’un « non pays » entièrement à l’arrêt  politiquement, qui a levé le doigt lui aussi ! Par son attitude, son affiliation au camp des anti-pardon, le chef de l’Etat français se trouve curieusement en compagnie de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, qui refuse catégoriquement de battre sa couple, disposé seulement à battre celle de ses adversaires politiques. Un couple bizarrement assorti en vérité.

Dans cette crise durable mais que l’on ne qualifiera pas de soutenable, quel dirigeant oserait prétendre qu’il a fait tous les bons choix, qu’il ne s’est jamais trompé ? Emmanuel comme un soleil… et Viktor comme un ciel sombre. Dans le cas macronien, il ne serait guère charitable de se lancer dans une investigation visant à dresser la liste de ses boulettes. Avoir affirmé que le vaccin d’AstraZeneca était « quasi inefficace » pour les plus de 65 ans n’a pas été particulièrement avisé. Cependant, le Président mérite largement les circonstances atténuantes puisque l’état des connaissances scientifiques a souvent été changeant. Décider de confiner la population en février sur la base de modèles reposant sur des hypothèses plus ou moins optimistes n’était pas une décision simple. Le problème est que notre homme ne parvient pas à remettre en cause la pertinence de ses jugements passés. Ce qui est un lourd handicap dans un environnement fluctuant. Un bon businessman doit montrer davantage de flexibilité. Peut mieux faire.

Au-delà de ce qui pouvait légitimement lui être reproché, Macron a une nouvelle fois péché par son incapacité à évaluer la situation dans son ensemble. Le cheminement des dirigeants européens sur la voie du mea culpa n’est pas le fruit du hasard. Qu’elles soient efficaces ou non, les mesures mises en œuvre ont été et sont humainement coûteuses. Partout, les citoyens sont usés. Que de temps en temps un nom, un visage soit associé aux frustrations qui s’accumulent est bien utile. Cela permet de faire retomber les tensions comme dans une version remix de la célèbre théorie du bouc-émissaire. Dans les temps anciens, les divinités étaient considérées comme responsables des calamités. Elles punissaient l’homme pour ses fautes. Il suffisait de les implorer, de promettre de mieux se conduire. Parfois, elles se calmaient d’elles-mêmes. Depuis les Lumières, aucun être surnaturel n’est censé gouverner nos vies. Et puis de quelle faute nous sommes-nous rendus coupables pour qu’un tel sort s’acharne sur nous ?  Dans ces conditions, désigner un coupable se justifie amplement. Or, Macron refuse de prendre sur lui.

Si une demande de pardon franco-française n’est pas à l’ordre du jour, il faut reconnaître que le Président a su jouer finement sa partition en impliquant la famille des dirigeants européens dans ce qui s’apparente à un exercice d’auto-critique à l’échelle continentale. A la télévision grecque, Macron a déclaré notamment au sujet de la politique vaccinale: « On a sans doute moins rêvé aux étoiles que certains autres » et « On a eu tort de manquer d’ambition ». En s’exprimant de la sorte, il a fait coup double. Sa responsabilité s’est d’abord trouvée diluée : il n’était pas seul. Mais ce n’est pas tout. Le Président a simultanément entamé une invraisemblable reconstruction de la réalité. Ah, si ses collègues de travail avaient raisonné en hommes d’affaires plutôt qu’en fonctionnaires ! En prenant des risques, avec du panache, les Européens auraient été les rois du pétrole. Le logiciel de Macron ne change pas. Le malheureux a beau passer son temps à « se réinventer », sa grille de lecture est invariable. Les Etats doivent être managés comme des entreprises. La culture de la gestion à la petite semaine doit évoluer.

On découvre du même coup avec un effarement non feint que la communication gouvernementale de l’an passé était une gigantesque farce. Les Français étaient invités à tenir le coup parce qu’un vaccin se profilait à l’horizon, qu’il était à portée de main. Quelle blague ! Pendant que d’autres pays réfléchissaient à la chaîne logistique et à l’organisation d’une vaccination de masse, notre gouvernement temporisait parce qu’il ne croyait pas à l’imminence d’une solution. Il avait la tête dans les étoiles… mais pas encore assez d’après les termes de l’interview. Cela fait songer à une histoire de Toto à l’école. Le maître lui rappelle tous les jours qu’il a des devoirs à rendre le lundi et qu’il ferait bien de s’y mettre dès maintenant. Toto répond avec effronterie que le sujet est facile et qu’il s’y prendra à la dernière minute.  Résultat : le garnement rend un travail bâclé. Quand sa maman lui demande des comptes, il répond que c’est la sévérité du maître qui sape sa confiance. Bref, le gouvernement ne s’est pas occupé des réfrigérateurs, des seringues, de la convocation des patients ou des sites de vaccination. Ce qui lui a manqué ? La poésie, l’adrénaline, et surtout pas une claire conscience de la mission de l’administration.   

La maxime :

Pas d’ pardon dit l’inspecteur Harry,

Il est si si sot de dire sorry

LEARNING BY DOING

S’adressant à son cambrioleur, Georges Brassens préféra l’avertir : « toute récidive abolirait le charme ». Pourtant, les vertus de la répétition d’une action sont souvent reconnues. A force de réitérer le même geste, la même action, l’homme acquiert de l’expertise. Il devient plus efficace. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Qu’en est-il des confinements ? Encore une petite resucée ?

Le gouvernement a dit : « Entrez dans la boîte » puis « Sortez de la boîte » et encore « Entrez dans la boîte ». La population est entrée… dans un processus d’adaptation. La soirée précédant le premier confinement a donné l’impression d’un joyeux désordre. L’ambiance était festive mais, en même temps, l’état d’impréparation générale a empêché les sympathiques noctambules d’en profiter outre mesure. Avons-nous bien acheté tout le papier toilette nécessaire ? Certes, les gens se collaient les uns aux autres, s’embrassaient courageusement dans une espèce de sarabande improvisée. Cependant, l’inquiétude face au saut dans l’inconnu représenté par l’obligation d’enfermement pourrissait largement l’atmosphère. Personne n’avait encore rempli d’« attestation dérogatoire » de sortie de son domicile. De manière logique, le déconfinement s’est déroulé dans le même état d’esprit. Les gens ont mis un pied dehors, ensuite l’autre, avant d’avancer avec prudence. Le débat sur les masques – oui, non – a renforcé cette modération. Que se passe-t-il ? Pas de méga teuf de la libération. Pouvoir partir en vacances était un horizon suffisant pour le moral.   

Les mesures restrictives précédant le deuxième confinement ont annoncé l’apparition de fines stratégies de contournement. Les bars sont fermés ? Une caricature montre deux poivrots attablés dans un bar-restaurant alors ouvert et passant commande d’un émincé de cacahuètes pour accompagner leur bouteille de rouge. Un couvre-feu est imposé ? Qu’à cela ne tienne, venez manger ce soir à la maison comme convenu. Vous resterez dormir. Comme cela, nous serons tous ensemble jusqu’après le petit déjeuner. Nous nous mélangerons douze heures au lieu de trois. Poutine vient buter les terroristes jusque dans les chiottes. Avec lui, il aurait fallu faire attention mais nos autorités politiques sont heureusement moins intrusives. Nous pouvons les vaincre sans problème. Et que de dire des soirées dansantes organisées de 21 heures à 6 heures du matin dans des zones désertiques ! Il est tellement facile de déjouer la cascade de mesures mises en place par le gouvernement. C’est même un jeu d’enfant. C’est pourquoi la décision d’instaurer un deuxième confinement n’a pas trouvé les citoyens en slip. Ils avaient désormais de l’expérience à revendre.

La dernière soirée précédant cet acte deux a été moins décousue, moins bordélique. Les restaurateurs avaient organisé de magnifiques tablées dans le plus bel irrespect de la distanciation sociale. Sans se connaître, les différents groupes de clients ont chanté à l’unisson et battu des mains jusqu’à la dernière minute autorisée. Avant de se séparer, ils se sont souhaité un bon confinement – pas de souci de ce point de vue, ces personnes n’appartiennent pas aux catégories sociales supposées vraiment en souffrir –  et se sont promis de se retrouver un mois plus tard, tous forcément en bonne santé. Ces scènes de fraternisation diffusées en boucle à la télévision ont montré au moins que la peur avait changé de camp. Et ce n’est pas terminé. On peut parier une étape supplémentaire à l’occasion du confinement suivant. A l’instar du menu de Noël, la création d’un repas dédié par les plus hautes toques blanches semble inévitable. On se pourlèche les babines à l’idée de déguster un confit d’oie à la confiture de citron vert caca d’oie. Ce n’est qu’une modeste idée. Les spécialistes de l’événementiel en auront probablement un paquet d’autres, n’en doutons pas.

Pourquoi éventuellement un troisième, voire un quatrième confinement, rétorquera le lecteur interloqué ? La mécanique enclenchée semble hélas implacable. Quand le deuxième aura porté ses fruits, le gouvernement magnanime desserrera l’étau afin que les Français puissent préparer la Noël. Or, cette fois-ci, la sortie dans les rues ne sera plus aussi hésitante qu’à la suite du premier confinement. Grâce au phénomène d’apprentissage, la retenue ne sera plus de mise. Dès le coup de starter, tous se précipiteront dans les magasins, s’empilant les uns sur les autres. Il faut dire qu’il fera alors certainement particulièrement froid dehors. La cohue risque d’être indescriptible : rattrapage économique, dépense énergétique, emplettes à gogo. Le problème est que le covid19 aura lui aussi amélioré sa stratégie. Par cette agglomération de chair fraîche alléché, il pourra prospérer jusqu’à l’indigestion. Dans ce cas de figure qui est loin d’être purement théorique, cela tombera comme à Gravelotte. C’est à ce moment que la petite musique habituelle se fera entendre : désengorgeons d’urgence les hôpitaux. Confinons à nouveau.

Si cet enchaînement possible n’est guère drolatique, quelques éléments doivent nous rassurer. Le premier d’entre eux est que le président de la République a lui aussi accompli d’immenses progrès et, de cela, même ses ennemis politiques sont obligés de convenir. Entre l’allocution télévisée du premier confinement et celle du second, cela a été le jour et la nuit. Emmanuel Macron a cessé d’être tétanisé par son image de président de la révolte des gilets jaunes pour afficher une remarquable maîtrise de son sujet et même un rare sens pédagogique. La prochaine fois, on peut faire le pari qu’il sera carrément brillant. N’oublions pas que Winston Churchill n’avait pas une excellente image avant d’entrer en fonction durant la Seconde Guerre mondiale et qu’à la fin il a été sèchement chassé du pouvoir mais, pendant le conflit, il a fini par incarner pour son peuple la résistance britannique face à l’ennemi. Le président Macron arrivera-t-il à cette grandeur ? Il ne refuserait pas de rester dans l’Histoire comme notre Churchill du covid19. Toutefois, la plupart des Français préféreraient à coup sûr que sa période de perfectionnement soit plus courte. Six ans de coronavirus, c’est long. Qu’il soit moins bon, tant pis !   

La maxime :     

Un bègue vous pardonne

Be better afterward

LE PRESIDENT, LE JOURNALISTE ET LES MEDIAS

Les journaux télévisés repassent en boucle les bourdes du Président Trump. Ils se repaissent de ses  saillies les plus aberrantes. Le zozo n’hésite pas à attaquer les médias de son pays en les accusant de diffuser des « fake news ». La vie politique américaine est incroyable. En France, il est exact que c’est totalement différent. Le Président agresse les journalistes en leur reprochant plutôt de dire la vérité.   

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Emmanuel Macron souffre d’un double handicap : il vient de l’univers policé de la banque et il ne peut s’empêcher de balancer des petites phrases assassines qui témoignent au fond de son mépris du peuple. Dans ces conditions, modifier l’image détestable qui lui colle à la peau est devenu pour lui un objectif stratégique majeur. L’épisode des « gilets jaunes » et la grève contre la réforme des retraites l’ont véritablement traumatisé. Dans son allocution télévisée annonçant l’entrée en vigueur d’une mesure de « confinement » général en mars 2020, il a été incapable d’employer le mot correspondant parce qu’il le jugeait trop dur à infliger aux citoyens. Le bonhomme est tétanisé. Dans le même ordre d’idée, et même ses adversaires en conviendront, il a eu le courage de sortir le chéquier à cette occasion. Durant la période où l’économie était à l’arrêt, la France a mené un programme de préservation des revenus les plus généreux au monde. Peut-être le plus. Le Président n’a pas dit exactement « Quand on aime, on ne compte pas » mais c’était l’intention. Il désire ardemment être aimé en retour.

Pour sortir de ce cercle vicieux, monsieur Macron s’est convaincu qu’il devait tomber la veste, mettre les mains dans le cambouis, bref descendre dans l’arène quand la situation est chaude. Il est ainsi parti successivement dans l’Aude, à la Réunion, à l’hôpital de Mulhouse puis au Liban. En tuba avec palme, en treillis ou en tenue de garagiste, il s’est multiplié sur tous les fronts, espérant (re)conquérir la sympathie de tous. Et ce n’est probablement pas fini ! En outre, il convient d’observer que le Président est de plus en plus réactif : à Beyrouth, il était sur place le lendemain de la catastrophe. L’idéal serait d’être présent le jour même, voire la veille, mais cela reste compliqué à organiser d’un point de vue logistique. Quoi qu’il en soit, au pays du cèdre, le dirigeant de l’« ONG nation » s’est lancé dans un exercice d’équilibre périlleux. Son attitude relevait-elle de l’assistance ou de l’ingérence ? Etait-elle dictée par des impératifs humanitaires ou des relents colonialistes ? Et puis, puisque le Liban a longtemps été la Suisse de l’Orient, Macron n’est-il pas venu au secours de ses amies les banques ?

Dans ce climat explosif, le Président s’en est pris publiquement à un journaliste, Georges Malbrunot, qui avait eu l’outrecuidance de publier des informations sensibles, à savoir qu’il avait rencontré un représentant du Hezbollah, le mouvement chiite libanais. Qu’il s’agisse ou non d’une organisation terroriste n’est pas notre propos. Pour de nombreux pays, il l’est mais il n’est pas simple de classer une association d’individus qui vise délibérément des civils, jusqu’à commettre de terribles carnages comme en Argentine en 1994, tout en jouissant d’un immense soutien populaire. Avec l’appui de juristes inventifs, la politique moderne a décidé de distinguer les branches politique et militaire de ce type de mouvements. Je revêts un uniforme pour commettre des attentats le matin puis je m’habille en costume pour parler à la radio l’après-midi. Mes ennemis sont priés de se défendre militairement exclusivement avant midi. Ce qu’il importe de retenir ici est que le sujet du Hezbollah divise les Européens et que, s’il souhaite parler au nom de l’Europe, Macron doit avancer doucement sur le sujet.

Il apparaît donc qu’en révélant les contacts du Président Macron avec le Hezbollah, le journaliste du Figaro a mis les pieds dans le plat – d’où l’interpellation (uniquement verbale heureusement) dont il a été l’objet. La séquence a été filmée et c’est savoureux. Malbrunot est taxé notamment d’irresponsabilité. La fureur du chef de l’Etat est palpable. On a même l’impression que, pour montrer qu’il est capable de se comporter comme quelqu’un de normal, il serait prêt à lui en mettre une. Il se retient. Il n’est possible que d’imaginer la suite. Une fois avec ses proches conseillers, l’un de ceux-ci essaie d’éteindre l’incendie : « C’est pas vrai, Manu, c’est plus fort que toi ! Tu peux pas t’empêcher ?

– Tu n’as pas compris. Je les veux à ma botte. Ces gens-là doivent être dociles. J’ai envoyé un avertissement. Tu verras le résultat ».

Vive l’auto-censure car le Président avait tout sauf tort. Quelques médias seulement ont mentionné l’incident – et encore, en se contentant d’une sorte de programme minimum. Répétons : monsieur Macron ne se plaint ni d’attaques personnelles, ni d’affabulations. Il reproche à un journaliste d’avoir publié une vérité dérangeante.

La question du Hezbollah a été éludée au même titre. Après le coup de semonce du Président, il aurait fallu être follement téméraire pour s’aventurer sur le sujet. Du coup, la liberté d’expression s’évanouit et la démocratie abandonne la place à une raison qui n’est pas d’Etat mais personnelle. A défaut de guérir la France, tout doit être entrepris pour donner le sentiment de sauver le Liban. Le risque est énorme. Comment obtenir du personnel politique d’un pays qu’il accepte de s’auto-dissoudre et cède les rênes du pays à une génération non corrompue. Si cela passe par des concessions au sulfureux et incontournable Hezbollah, il est essentiel que cela demeure discret. Bien sûr, il existe des moyens additionnels qui pourraient permettre à monsieur Macron d’atteindre son objectif : menacer de bloquer les comptes en France et même en Europe des dignitaires libanais qui refuseraient de rendre les clés du camion. Mais, pour cela, il faudrait demander l’aide des banques. Décidemment, on n’en sort pas.

La maxime :

Cèdre du Liban ou cidre de Plédran ?

Tout ça, c’est pas du flan.

 

FORGET ABOUT IT

Le complet retour à la  normale n’a pas encore eu lieu mais de plus en plus d’activités sont entrées dans le vert. Ces libertés retrouvées, distribuées au compte-gouttes comme des sucreries à de petits gourmands pour éviter une indigestion, contribuent à effacer le traumatisme de l’enfermement. Pourtant, la bête est là. Elle n’est pas morte.

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    Bienheureux les évadés d’Alcatraz ! Bien sûr, ils ne furent pas nombreux – cinq au maximum – et durent braver les flots en furie et les requins en ennemis. Cependant, une fois la terre promise atteinte, ils ne furent plus jamais confrontés à la dureté de leurs conditions de détention. Ils en avaient terminé avec leur cauchemar. Nous, nous sommes tous les soirs condamnés à regagner penauds notre cellule. Geôlier, extinction des feux ! Alors, dans la moiteur de la nuit, les mots et les images du confinement reviennent et s’entrechoquent : le Président de la République, Emmanuel Macron, en treillis à Mulhouse, avec des gants de boxe vert pomme ;  le Directeur général de la santé, Jérôme Salomon, à moins qu’il ne s’agisse de Droopy, le héros de Tex Avery, qui compte infatigablement sur ses doigts, mais que compte-t-il  au fait ? ; Anne-Claude Crémieux, la spécialiste des maladies infectieuses qui nous invite à enfermer nos enfants à la cave tant qu’ils sont asymptomatiques sur les bords avant de nous garantir qu’ils sont innocents et peuvent repartir à l’école. C’était une blague, conclut-elle avec le sourire.

On se réveille en sursaut. On revêt machinalement son manteau puis son masque et, après s’être lavé les mains au gel hydroalcoolique, on se rend à pied au centre-ville. On croise des regards hagards à la gare et défaits au café. Ils ont des yeux et ne voient pas. Ils ont des oreilles et n’écoutent pas. Forcément. Il faudrait avoir été condamné à une peine de confinement de 55 jours pour comprendre… On finit par rentrer chez soi mais, dans son jardin, tout évoque cette douloureuse expérience : la piscine de vingt mètres dont il a fallu se contenter alors que le bassin olympique du complexe municipal est situé à moins de deux kilomètres, le babyfoot qui n’a pu accueillir le tournoi que l’on organise tous les ans avec les potes le premier mai. Il y a toujours un coin qui nous rappelle… Pour un musicien, cette prise de conscience est idéale pour composer un morceau de blues. Une solution consisterait à déménager, à partir sous d’autres cieux afin de modifier radicalement ses repères visuels mais qui aurait les moyens de se porter acquéreur de notre propriété ? La croissance de la pauvreté est un vrai problème.

De sieste en sieste, la langueur du printemps et les journées interminables ont transformé les perceptions sensorielles et les rythmes biologiques. Une effroyable histoire qui s’est déroulée dans le Nord l’illustre parfaitement. Un homme déclamait paisiblement des vers de Lamartine – Alphonse, pas Aubry – dans sa cuisine :

« Ô temps ! suspens ton vol, et vous, heures propices ! / Suspendez votre cours : / Laissez-nous savourer les rapides délices / Des plus beaux de nos jours ».

Sa femme qui regardait paisiblement une rediffusion d’un match de football a porté plainte. Le malheureux a été condamné en comparution immédiate pour « cruauté mentale ». De tels événements auraient été tout bonnement impossibles avant le covid-19. Quel rigolo a dit un jour : « il faut donner du temps au temps » ? Il apparaît bien que le problème est aussi temporel que spatial. Un véritable remède existe. Il porte le nom de droit à l’oubli.

Quand on parle de « droit à l’oubli », il faut avancer pas à pas. Le mot « droit » s’oppose à « devoir » tandis qu’« oubli » se heurte à « mémoire ». Et nous voici confrontés à la problématique inverse, celle du « devoir de mémoire ». On nous somme de ne pas s’y soustraire. La référence est la Seconde Guerre mondiale et le génocide juif. Il est impératif de se souvenir que le peuple le plus évolué culturellement, qui produisait des prix Nobel à la pelle, a utilisé les plus grandes avancées de la technologie pour planifier l’extermination d’un autre peuple. Toutefois, par cet argument, on se situe dans le registre du rationnel, nullement de l’émotionnel. Or, le souci rencontré par les zombies du confinement est justement de l’ordre de l’émotionnel, pas du rationnel. Ils ne désirent surtout pas réfléchir sereinement aux choix de société qui ont mis notre système hospitalier plus bas que terre. Ils veulent uniquement se débarrasser de ce qui leur torture l’esprit et les empêche de vivre normalement. Attention au tourment.

Le droit à l’oubli n’est pas né avec la pandémie actuelle. Il est en fait rattaché à Internet. Il s’agit du corollaire à l’injonction : « fais sortir tout ce qui te passe par la tête ». Il n’est pas concevable que la toile nous oblige à toutes les turpitudes, à taper frénétiquement sur un clavier mots, idées connes et émoticons et qu’un jour on nous demande des comptes. C’est illogique. C’est comme si on disait à un enfant de trois ans que, s’il appuie sur le bouton, il causera un vacarme épouvantable qui agacera les adultes. Que fera-t-il ? On en a mal aux oreilles. J’ai bien le droit d’insulter untel ou son ethnie. C’est trop drôle. Point essentiel, cette demande d’effacer l’ardoise est adressée à la société. Elle n’a donc rien à voir avec le droit à l’oubli de l’ex confiné. Dans ce dernier cas, l’individu n’est aux prises qu’avec sa propre mémoire. Il ne risque aucune condamnation. La maladie de Parkinson n’est pas un délit. Sa supplique « Emmanuel Macron, Jérôme Salomon, Anne-Claude Crémieux, laissez-moi en paix » mérite d’être écoutée. La folie le guette.

Information :

Le Blog prend des vacances,

A bientôt !

CONFINEZ, CONFINEZ, IL EN RESTERA TOUJOURS QUELQUE CHOSE !

Je confine, tu confines… ils ou elles confinent … confine, oh gars ! Bref, les Français ont été plongés dans un état de confinement. Le mot donne pourtant matière à réflexion. Il y a une contradiction évidente entre les termes « con » et « finement ». Or, il n’est jamais confortable de se trouver à l’intérieur d’un oxymore. D’où la volonté d’en sortir.

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Nul besoin de convoquer des revues scientifiques où des chercheurs en blouse blanche présentent les résultats des expériences complexes qu’ils ont menées en posant des électrodes sur les tempes de cobayes à moitié consentants. La vie quotidienne – enfin… avant le confinement – offre nombre de situations qui autorisent à tirer des leçons par rapport au problème du confinement. Vous êtes sur une autoroute. Un panneau vous indique un ralentissement à venir. Un grave accident s’est produit un peu plus haut. Un petit rigolo vous double juste une seconde avant l’entrée dans la zone de décélération pour profiter jusqu’au bout. OK. Puis vous roulez à 60 km/h pendant quinze kilomètres, une éternité, d’autant plus que, lorsque vous passez devant les épaves, c’est vous-même qui freinez en espérant capter quelque image saisissante. La fin de la zone maudite se rapproche. Vous sentez alors que cela s’anime derrière vous. Les conducteurs sont pressés. Ils ont gaspillé assez de temps. Alors, on lâche les chevaux. Même la petite bagnole cabossée qui ne dépassait pas le 100 quand vous l’avez doublée se joint à la fête. C’est elle qui vous double cette fois. Cette sarabande rend la route beaucoup plus périlleuse.

Les similarités avec notre confinement sont frappantes. Les Français piaffent d’impatience entre leurs quatre murs. Pire, quand elles ne sont pas totalement à l’arrêt, les entreprises tournent au ralenti et voient fondre leur chiffre d’affaires. Tout ce petit monde n’attend que le signal de la libération pour rattraper le temps perdu. Les coups de klaxon se multiplient. Plus vite, plus vite. Le patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux a imploré les chefs d’entreprise à reprendre le travail sans attendre la fin du déconfinement… euh oui, en respectant les règles sanitaires, et patati et patatère. Plus que cela, il a préconisé de retirer les obstacles à un allongement de la durée du temps de travail hebdomadaire – dans les secteurs essentiels, c’est déjà le cas d’ailleurs. La coupure dominicale et les repos compensateurs sont sur la sellette. Les Français se sont suffisamment reposés après tout. Ah, s’il était possible de faire passer la journée de 24 à 25 heures. C’est sur la base de tels raisonnements que les économistes les plus optimistes ont espéré un temps une reprise de l’activité en « V ».

Il y a certes des conducteurs qui, en passant devant les carcasses encore fumantes des véhicules accidentés, se plongeront dans une réflexion sur les ravages de la vitesse au volant mais ils ne représentent pas la majorité de l’espèce. L’impréparation de l’Etat face à la pandémie serait pourtant une formidable occasion de déboucher sur un consensus à propos de l’échec des politiques publiques obsédées par les réductions de coûts. C’est loin d’être toujours le cas. Pour le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, le covid-19 témoigne au contraire de l’échec de l’Etat-Providence, de la faillite du progressisme. Taïaut et re-taïaut ! Dans le même ordre d’idée, puisque les panneaux de signalisation n’empêchent pas la mortalité sur les routes, autant les supprimer complètement, non ? Mais c’est bien sûr… Ce qui oblige à doucher l’enthousiasme de ces personnes très pressées est la situation sanitaire qui n’est guère reluisante. Les conditions du déconfinement à venir n’incitent pas réellement à la forfanterie.

Le président de République, qui semble plutôt au courant de l’état des lieux, a décidé de prolonger la durée du confinement – et pour un moment. Il ne faut surtout pas oublier que, dans une vie antérieure, Emmanuel Macron s’est révélé sous les traits d’un talentueux homme de théâtre. Il sait pertinemment que le secret des maîtres du suspense consiste en leur capacité à créer un effet de surprise ou à laisser la porte ouverte à d’éventuels renversements. Dans un combat entre un éléphant et une souris, une musique de fond stressante ne fera pas frissonner le téléspectateur. C’est pourquoi il était ridicule de continuer à annoncer des extensions de 15 jours en 15 jours. Seuls les plus candides croyaient sérieusement que le confinement s’interromprait au bout de la période sans compter que les effets sur leur moral ne pouvaient qu’être délétères : tous ces gens risquaient fort de céder au découragement. Voilà, au moins c’est dit, nous serons confinés au-delà du premier mai, comme les Italiens et les Espagnols, avec lesquels la France partage de nombreuses caractéristiques, plus qu’avec l’Allemagne hélas et qu’avec les Etats-Unis heureusement.

Pour sortir du confinement, un des préalables est de vider les hôpitaux, et même idéalement de permettre aux personnels soignants entièrement rincés de se retaper quelque peu, cela pour pouvoir accueillir la deuxième vague avec quelque énergie. On peut supposer que du matériel médical sera également disponible, que les plus fragiles seront mieux protégés et que les porteurs du virus seront rapidement dépistés puis isolés. De surcroît, rien n’interdit de rêver à des progrès dans le traitement des malades, voire à un coup de main décisif des grandes chaleurs. Toutefois, que l’on ne s’y trompe pas, l’objectif n’est pas de gagner un match qui a été perdu en fait dès le coup d’envoi. L’idée est de figurer plus intelligemment durant la deuxième partie de la rencontre – évitons le mot « mi-temps » puisque rien ne dit que le match ne se disputera pas en tiers-temps ou en quarts-temps. A cet égard, la stratégie de déconfinement progressif sera instructive. Le scénario retenu sera-t-il de permettre aux bolides de rouler à 130 km/h le plus rapidement possible ou intègrera-t-il certaines leçons sur la cécité d’un système tourné exclusivement vers le profit ? Pourquoi va-t-on renvoyer  en priorité les plus petits à l’école ? Pour que les parents puissent repartir travailler évidemment. Vroum-vroum. On entend déjà les moteurs.

Conseils de lecture :

Faites des gestes barrières
A votre bon cœur