MESSIEURS LES CENSEURS, BONSOIR !

Quand  de grands hommes sont rattachés à des événements cruciaux, on peut espérer des conséquences positives. Ainsi, Abraham Lincoln a permis l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis. Mais, quand le degré d’élévation des personnages est moindre, il ne faut pas attendre des miracles, même quand ce ne sont pas eux qui prennent les décisions.

Pour les ennemis de Donald Trump, les débordements du Capitole ont été une  véritable bénédiction. A force de jouer avec le feu, le freak plein de fric a été pris en flagrant délit de déclenchement d’incendie. Il a montré à la face du monde qu’il était un pompier pyromane. L’avalanche de critiques qui s’est abattue sur lui a été particulièrement impressionnante. Et c’est dans ce contexte que les dirigeants de Facebook et Twitter ont choisi de porter le coup de grâce à celui qui était alors le président des Etats-Unis en exercice en lui « coupant le sifflet », cela sous les acclamations d’une population et de médias ravis. Rappelons qu’avant d’être un équivalent de clouer le bec, laisser coi, faire taire, cette locution signifiait égorger – le sifflet désignant le gosier. Si cette mesure avait été actée plus tôt, elle aurait effectivement privé le pauvre Trump de son principal instrument de gestion du pays.

Au-delà du cas Trump, deux questions essentielles se posent : étant donné la place des réseaux sociaux dans notre vie aujourd’hui, le pouvoir de ceux qui se trouvent à leur tête n’est-il pas devenu exorbitant ? Par quelle aberration, des individus dont la principale vocation est de valoriser le cours de bourse de leur entreprise sont-ils en droit de distribuer des bons et des mauvais points en matière de ce qui peut se dire en ligne ? Alors que les clivages politiques sont très tranchés dans nos sociétés, sur quelle base précise fondent-ils leur jugement ? Qu’une personne appelant au meurtre soit privée d’accès à son compte est compréhensible. Au-delà, alors que le débat entre les défenseurs d’une liberté d’expression quasiment sans restriction et ceux qui souhaitent au contraire lui poser des limites est loin d’être réglé sur le plan juridique, voilà quelques milliardaires qui s’estiment capables de tailler à coup de serpe dans cette farandole de mots qui circulent à l’intérieur de leurs tuyaux.

Ces éléments sont déjà assez piquants mais le plus beau est ailleurs. Remontons jusqu’au soir de l’élection américaine, toujours avec Trump. Le candidat malheureux, visiblement mauvais perdant, déclare en conférence de presse qu’il a gagné. Et là, les grands networks américains, de CNN qui est en guerre contre lui à Fox News qui le soutient autant que possible, décident tous d’intervenir. Partout, un journaliste annonce d’un air tragique qu’il n’est pas possible de laisser Trump proférer des mensonges, en reprenant carrément l’antenne ou en en couvrant sa voix pour corriger (« non, chers téléspectateurs, c’est bien Biden qui a gagné »), un précédent est créé. Quand un homme politique racontera des bobards, il deviendra désormais possible de le réduire au silence. La chasse aux Pinocchio de tous bords est ouverte ! Nous voici entrés dans une nouvelle ère, celle la démocratie de la vérité. Menacer les menteurs d’aller en enfer comme le font les religions traditionnelles ou miser sur le réveil de leur conscience tourmentée ne marche plus. Désormais, il faut sévir.

Evitons les blagues telles que « mais qui restera alors sur le plateau télévisé ? » ou « cela marque-t-il la fin des soirées électorales ? ». Plus sérieusement, au moment au Trump a formulé son accusation de triche, nous ne pouvions être sûrs qu’il avait tort. Imaginons un instant que des fraudes se soient réellement produites localement. Que ce serait-il passé une fois qu’elles auraient été découvertes ? Comment auraient réagi les censeurs ? Autre hypothèse, si le candidat des Républicains avait été plus ambigu en proclamant qu’il aurait dû gagner ou qu’il méritait de gagner, laissant le champ libre à toutes sortes d’interprétations, y compris celle où il avait été privé de la victoire par des magouilles, devait-on ou non lui reprendre le micro ? N’était-il pas plus logique de laisser parler Trump et de préciser, une fois son discours achevé, que rien à ce stade n’étayait ses soupçons ? De quel type de légitimité des journalistes se réclament-ils donc pour interdire à des élus du peuple de s’exprimer ?

Les conséquences de ce précédent sont loin d’avoir été poussées au bout de leur logique. Projetons-nous dans le futur cette fois. Nous sommes en 2022, à l’occasion du débat de l’entre deux tours de l’élection présidentielle française. Les deux candidats s’assènent leurs vérités. Des journalistes siègent en coulisse. Un stage commando en matière de connaissances leur a été imposé afin qu’ils soient en capacité de dégager l’un des deux postulants du plateau le cas échéant. Ils sont incollables sur les sous-marins nucléaires, la politique fiscale, la politique étrangère… Le candidat A tient des propos litigieux. L’animateur interrompt le débat le temps que les « juges » se prononcent sur leur acceptabilité avant une éventuelle reprise. Allons encore plus loin et revisitons l’histoire à l’aune du principe de vérité. Lors du débat de 1988, Jacques Chirac a mis au défi François Mitterrand de contester « dans les yeux » sa version d’une affaire de terrorisme. Mitterrand a relevé le gant… Or, il a menti, il l’a avoué plus tard.

Plusieurs années après qu’il eut remporté sept Tours de France consécutifs, il a été prouvé que le cycliste Lance Armstrong s’était dopé. Ses titres lui ont été retirés sans pour autant être attribués au deuxième du classement. La politique devrait-elle effacer François Mitterrand des tablettes, au moins pour son second septennat où il a été pris « le doigt dans la confiture » ? Qui aurait alors gouverné la France pendant cette période ? Laissons ce débat philosophique à d’autres mais le problème se pose à partir du moment où la chasse aux menteurs est ouverte. Au bout du compte, comme disait le poète, « la démocratie, c’est bon comme les pêches Melba, point trop n’en faut ». Si le résultat des élections est une monstruosité ou, pour le dire autrement, une aberration pour les élites, il convient de dézinguer les empêcheurs de tourner en rond. Trump, le Brexit, etc… Autre définition de la démocratie idéale, c’est quand la majorité vote comme moi.

La maxime :    

C’est janvier, Darmanin pèle

Pire, Darmanin est sans gel