INCLUSIF

Ils sont venus, ils sont tous là. Le citoyen, le social, l’entreprise. Il y a même le langage, avec ses codes maudits. Il est à la mode, l’inclusif. Il l’est tellement d’ailleurs  qu’il est devenu quasiment impossible d’envisager d’autres approches. L’injonction est claire : il convient d’être exclusivement inclusif.    

Comment ne pas être attiré par cet appel à la communion universelle, ce refrain envoûtant qui invite à la bienveillance envers autrui, ce carillon qui donne le signal d’une gigantesque battue inspectant les moindres recoins de notre environnement et où il est méprisable de laisser quelqu’un de côté ? Cela semble rempli d’humanité jusqu’à ras bord mais, voilà, la sagesse populaire nous enseigne, que, même si les baisers sont bien baveux, « qui trop embrasse mal étreint ». Evidemment, il faut aller un peu au-delà et, pour pousser un peu la réflexion, rien de mieux que les talibans. Les nouveaux maîtres de l’Afghanistan ont promis un gouvernement « inclusif ». La magie du mot a eu son effet. Les plus romantiques se sont imaginés des instances dirigeantes faisant également la part belle aux Hazaras, qui sont des chiites, aux femmes, etc… Le taliban nouveau était arrivé et c’était un grand cru ! Non, hélas. Manipulation alors ? Exercice de communication par un barbu ayant passé un semestre à l’Université de Berkeley ou qui a abusé de la dive bouteille ? Non plus.

En fait, le mot « taliban » vient de l’arabe « taleb » qui signifie étudiant. Bref, derrière les éructations de ces présumés barbares, il y a tout de même des livres ouverts et des analyses approfondies. Or, il se trouve que, de manière assez logique, les talibans sont remontés à l’étymologie d’inclusion avant de recourir à son utilisation. L’origine est latine « inclusio », en français enfermement. Les talibans ont été mal compris mais ils n’ont pas menti. L’aspect inclusif de leur programme politique consiste à emprisonner, à embastiller les opposants à leur idéologie. Ceux qui leur prennent la tête doivent finir par perdre la leur. Aucun journaliste n’a demandé au mollah Baradar si sa conception de l’inclusion était plutôt ségrégative, si elle cloisonnait, ou si elle était intégrative, à savoir si elle s’inscrivait dans une dynamique d’ouverture. Si la question lui avait été posée, il aurait répondu honnêtement. Qu’aurait-il eu à craindre ? Aussi regrettable soit ce quiproquo, il est d’une grande utilité. Il montre que, au bout du compte, l’inclusion évoque une séparation, une barrière, qui peut être posée ou retirée.

Il est possible de plonger dans les méandres du débat inclusion-exclusion à partir d’un exemple simple mais édifiant. Dans la semaine qui précède la fête des Mères, une séquence bricolage est organisée dans les écoles primaires françaises afin que les enfants puissent offrir un magnifique cadeau à leur maman chérie. De plus en plus d’instituteurs court-circuitent ce moment particulier de peur que cela ne réveille une souffrance chez les orphelins de mère, que cela ne provoque en eux de traumatisme insurpassable. L’intention est louable mais on comprend combien le refus de susciter un sentiment d’exclusion est susceptible de « confiner » à la bêtise, pour reprendre une expression très actuelle. On observe ici que la perspective d’inclusion, synonyme de hantise de la différence, fait finalement assez peu confiance à la résilience, à la capacité de l’homme à puiser en lui-même des forces qui l’aident à faire face à des situations désagréables. La créativité de l’instituteur est également sous-estimée. Ne peut-on imaginer des pratiques permettant de se soumettre à la tradition sans occasionner de désastre chez les orphelins ?

Bien sûr, la problématique est éminemment plus complexe. Les « distinctions » liées à un état ne sont pas appréhendées de la même façon que les « distinctions » liées à une action. Concernant ces dernières, l’inclusion ségrégative, c’est-à-dire l’exclusion, est beaucoup plus tolérée. Cela dépend des circonstances. Peu considéreront scandaleux que l’on incarcère une personne qui tire au fusil dans la foule. Pour ce qui est des distinctions liées à un état – âge, genre, état de santé, nationalité, religion… -, le débat est plus intense. La constitution de groupes d’individus partageant une identité commune est parfois perçue comme une entrave au vivre-ensemble, à l’inclusion intégrative, puisqu’elle laisse des individus à l’écart. Laissons les racistes de tout poil qui  n’ont guère d’intérêt pour notre propos. Les défenseurs de l’universalisme se divisent en deux camps. Il y a les soutiens d’un universalisme abstrait, froid, stérilisé. Selon eux tous les marqueurs identitaires, accusés à la fois d’être des constructions sociales (et alors ?) et  de porter les germes du racisme doivent être pourchassés. Leurs opposants considèrent que l’homme est un assemblage d’identités, de spécificités qui s’additionnent.

En partant de l’ensemble de l’humanité, les partisans du premier camp sont dans la position initiale la plus inclusive qui soit. Il leur suffit de couper toutes les têtes qui dépassent pour préserver cet état d’égalité théorique idyllique. Leurs adversaires font en quelque sorte le chemin inverse. L’écrivain portugais Miguel Torga définissait l’universel comme « le local moins les murs ». C’est grâce aux différences qui ressortent de sa rencontre avec autrui que l’homme rencontre l’universel. Les êtres humains ne doivent pas être assimilés à des clones. Par l’échange, ils apprécient ce qui peut les rapprocher au-delà de la distance inévitable qui les sépare. Ils s’ouvrent. Le principe égalitaire auquel le non raciste adhère est ainsi conforté par son expérience personnelle. Si l’on revient à la fête des Mères, l’universalisme le plus enrichissant n’est pas de gommer l’aspérité – le clivage entre non orphelins et orphelins – en supprimant l’atelier bricolage mais d’introduire au contraire la différence. En misant sur l’intelligence et l’empathie des enfants, l’épreuve sera surmontée et, cerise sur le gâteau, chacune des têtes blondes sera en mesure de mettre en perspective sa propre situation familiale.           

La maxime (Carrefour Voyage) :

Comme son nom l’indique, la formule « Tout inclus » aussi appelée « all inclusive » comprend les vols, l’hôtel, les transferts et repas.

Vous pourrez donc juste profiter de vos vacances all inclusive et vous détendre.