SOUVENT VIRUS VARIE. BIEN FOL EST QUI S’Y FIE !

Nous étions persuadés que les voies de la pandémie étaient fort pénétrables : un méchant pangolin à l’origine, un patient zéro chinois, un an de vie pourrie, un vaccin et enfin un retour à la normale. Mais voilà le pangolin a un alibi. Le patient chinois est bien caché. Et un anglais a débarqué suivi de ses cousins d’Afrique du Sud, du Brésil et qui sait d’où encore : les variants sont parmi nous.     

Les assemblées générales de virus sont toujours un grand moment de la Vie. La répartition des zones géographiques, le partage des prérogatives des uns et des autres est à chaque fois l’objet d’intenses discussions. Ainsi, on sait que la grippe et la gastro-entérite ont été reléguées en deuxième division suite à la décision de promouvoir le covid19, un coronavirus qui semblait assez prometteur. De la même manière, le mode opératoire comme la cible ne sont jamais identiques. Le virus informatique Stuxnet ne visait que les capacités nucléaires iraniennes. Il faut savoir aussi que, chez les virus, c’est comme chez les humains : il est impossible d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Prenons Ebola, une véritable terreur. Pour les personnes contaminées, le taux de mortalité oscille entre 50% et 70%. Le virus est si virulent que les malades affichent des symptômes visibles aux yeux de tous. Personne ne s’approcherait spontanément d’un individu qui crache du sang, qui a le visage vert ou les cheveux roses à pois bleus. En plus, un malade d’Ebola n’est pas en position de se poser des questions métaphysiques sur les rapports entre la liberté et l’obligation de se conformer aux règles de distanciation sociale. Il est cloué au lit.

            La stratégie du covid19 est diamétralement opposée. Elle repose sur la discrétion et la patience. Le taux de mortalité avoisine 1% mais le nombre de porteurs sains, qu’on appelle les asymptomatiques, est élevé. Ils sont à même de transmettre le virus aux plus fragiles en toute sérénité. La diffusion progresse doucement mais sûrement. L’asymptomatique ne pourrait être confondu avec un malade et il n’a surtout pas envie de rester chez lui. Pensant être fidèle à une idée en vogue, il décide de sortir « coûte que coûte ». Il s’agit en réalité d’une interprétation discutable d’une célèbre formule du chef de l’Etat. Des tensions se produisent alors entre les personnes à risque et les autres, exaspérées par la situation et qui, dans « geste barrière », entendent « bar hier … mais plus aujourd’hui ». Une telle zizanie est impossible avec Ebola. La quarantaine s’impose pour tous. Même les grands groupes miniers qui opèrent en Afrique le comprennent. L’activité économique s’interrompt aussitôt. La marche lente et graduelle du coronavirus est usante mais au moins laisse-t-elle le temps à l’homme d’organiser sa défense – la mise au point d’un vaccin constituant la meilleure réponse à cet égard.

Pour ne pas s’avouer vaincu, le covid19 a été autorisé par l’assemblée générale des virus à sortir sa botte secrète en procédant à des « mutations technologiques » – certaines d’entre elles ayant pour vocation d’échapper aux substances injectées par le personnel médical.  Cependant, afin de ne pas provoquer l’effroi dans la population, le mot « mutant » n’a toutefois pas été retenu. On lui a préféré le plus accueillant et sympathique « variant ». Le nom vient du latin « variare ». Tout un groupe de mots est issu de la même racine : « variété », dans un large assortiment de légumes ou dans des émissions de chansons à la télévision, « variation », dans la température du thermomètre ou en morceau musical à la sauce Goldberg chez Bach, ou encore le très élégant « variance » incontournable en statistiques. La valeur de cette dernière est éloquente. Quand aucune des données ne s’écarte de la moyenne, quand toutes sont rigoureusement identiques, la variance est égale à zéro, nulle. Tous les élèves ont la même note, le même poids, la même taille. Il n’y a pas besoin d’en ajouter énormément à ce propos. Une telle absence de diversité est désespérante. Elle effraie même. Imaginez un individu qui met systématiquement les mêmes habits, passe sa vie avec le même conjoint, mange la même pizza…

Si le mot « avarié », qui signifie gâché, abîmé par des avaries, n’est pas de la même famille que « varier », la vérité est que la variété de variants du virus risque de rendre le vaccin avarié avant la fin de l’hiver. Véran a dit que les ravages des variants constituent pour l’univers une révolution, un virage, qui ne le ravit vraiment pas. Une vidéo virale décrit d’ailleurs ces versions modifiées du virus comme une « véritable verrue sur le nez du vaccin », cela à la place du verre épais qui lui aurait permis de voir venir le virus. Même si un nain variant ne devient pas forcément un géant, sans vrai remède, nous ne restons qu’avec des mots et des rêves partis. Imaginez D’Arvor versifier un peu au JT : le ver est dans l’revolver tueur de virus / sans balle nous vivrons une victoire à la Pyrrhus… Rappelons combien avares ont été nos gouvernants à la pharmacie vide pour une réplique virulente contre le covid et ses variants. Ils nous ont traités comme des verrats. Quand Molière a maudit : « la peste soit de l’avarice et des avaricieux », il s’est juste trompé de maladie. Dommage juste que la punition n’ait pas été limitée à des varices.  

 Trêve de bavardage, versons-nous un verre et, d’une voie virile sortie des cavernes, trinquons à l’espoir. Que le contenu du verre soit donc vert. Attention à la signification des mots : le kiwi sera ici préféré à la menthe. Que nous ne soyons pas compris de travers…

La maxime :

La voie du varan te mène au bord du ravin

La voix du varan arrive portée par le vent