NON, RIEN DE RIEN

Dans sa célèbre chanson, Edith Piaf emploie douze fois le mot « rien ». C’est tout de même quelque chose ! En fait, ce mot est plein de paradoxes. Qu’il soit à la fois un adverbe, un pronom indéfini et un nom n’est pas le moindre. Pourtant au pluriel, il ne prend pas de « s ». Il ne faut pas exagérer…

Dans de nombreuses langues, rien signifie « aucune chose » comme en anglais « nothing » , mais, comme on va le voir, s’intéresser à rien, ça ne l’est pas. Précisons en effet que la confusion autour de cette notion témoigne d’une richesse sémantique insoupçonnée. Il n’y a pas que l’authentique « nada », celui qu’on accompagne en plaçant son pouce derrière les incisives du dessus avant de le faire sortir brusquement de la bouche en direction de son interlocuteur, si possible avec une légère grimace, pour lui indiquer qu’il se retrouvera Gros-Jean comme devant, c’est-à-dire les poches vides. Un « nananère » en sus n’est pas interdit.

Le célèbre philosophe Vladimir Jankelevitch a écrit un fameux essai sur le « je-ne-sais-quoi » et le « presque-rien » où il touche du doigt à l’impalpable, à ces éléments invisibles dont la présence nous remplit d’un infini bonheur mais dont l’absence nous tourmente. Il s’agit d’un maigre surplus mais qui compte tout de même pour un peu plus que zéro. Alors, quand on parle de rien, de quoi parle-t-on au bout du compte ? Est-ce qu’on parle d’absolument rien, ce qui requiert des échanges d’une nature particulière, ou bien plutôt de presque rien ? Il n’est pas simple de répondre à cette interrogation sans microscope.  

Les mathématiques du rien traduisent à la perfection ce troublant désordre – cela, bien que la récitation de la table du rien soit d’une facilité déconcertante. L’écolier studieux ânonnera d’une voix chantante « trois fois rien, rien »… et puis c’est tout. Il s’arrêtera aussitôt parce que rien ne se multiplie pas avec un, avec deux ou avec quatre, ni avec rien d’autre d’ailleurs. Néanmoins, en se livrant à une soustraction élémentaire, le grand Raymond Devos n’a pas manqué de souligner que, s’il y a des objets qui valent « moins que rien », cela prouve bien que rien n’est pas égal à zéro – des  clopinettes peut-être mais pas zéro.

Sans rien lui concéder, ses contradicteurs objectent que, lorsque l’on passe des choses aux individus, la valeur qui est attachée à un « moins que rien » est franchement négative. Il a pour synonyme voyou, brigand, sans scrupule, ni moralité mais également brigand ou fainéant. Quand l’accent est plutôt mis sur la paresse, sur la sieste au soleil de celui qui lézarde, on pense alors au saurien – d’après l’étymologie, saûros en grec signifie lézard. Quoi qu’il en soit, avec l’image sulfureuse de créature peu recommandable que véhicule le vaurien, il n’est plus du tout exclu que rien soit égal à zéro, macache, ouallou, le cercle dessiné par le pouce et l’index qui se touchent.

Abordons le monde de l’économie. Qu’est-ce que les pauvres détiennent, que les riches ne possèdent pas et dont ils ont fondamentalement besoin ? Cela  paraît incroyable mais cette devinette a une réponse. Si l’on ajoute que c’est mieux que Dieu, pire que le diable et que, si on en mange, on meurt, le mystère s’épaissit. Cherchons, cherchons. Langue au chat. La réponse, bien sûr, c’est rien. Il s’agit de la seule chose, si l’on peut dire, qui suscite un sentiment de renversement dans la hiérarchie sociale, les premiers qui deviennent les derniers, lesquels se trouvent pour une fois au sommet. Ce n’est hélas qu’une illusion d’optique.  

Dans la science des richesses, il n’y a pas de place pour ceux qui n’ont rien. La théorie microéconomique explique les choix du consommateur. Elle rend compte de son arbitrage entre les pommes et les poires, entre le thé et le café, entre les blondes et les brunes à partir de son échelle de préférences, du prix des biens et de son revenu au sens large. Si celui-ci est nul, il ne fait guère de doute qu’il aura tellement peu à se mettre sous la dent qu’il se retrouvera probablement vite au cimetière. Autrement dit, il va rapidement quitter l’économie standard, où il n’aura pas laissé de marque impérissable, pour entrer dans des disciplines comme la démographie, la sociologie, la politique ou l’histoire où il sera forcément mieux traité.

Pourtant, pour être juste, les personnes qui vivent dans un état de pauvreté extrême ne parviennent pas à rester totalement discrètes. C’est manifestement plus fort qu’elles. Avec les petits rien qui leur servent de viatique, elles réussissent à détraquer la théorie économique et son magnifique apparat. En principe, lorsque le prix d’un bien augmente, sa demande diminue. C’est logique. Il coûte trop cher. Les riches, les premiers, n’hésitent pas à faire mentir cette loi économique. Puisqu’un prix élevé décourage l’acte d’achat, le consommateur qui décide de passer outre le fait dans un but défini : se distinguer du commun des agents économiques. Cette situation évoque la catégorie des biens de luxe. Plus leur prix monte et plus certaines catégories de la population sont attirées par eux.  

Mais voilà, ce sont des riches. Ils ont le droit. Pour ce qui est des miséreux, cette espèce de  « Lumpenprolétariat » méprisé par les marxistes en raison de son absence de conscience de classe, leur transgression des lois du marché est plus choquante. De quel droit se réclament-ils ? En vérité, ils ne jouissent pas de la hausse des prix. Il n’est plus question ici de biens de luxe mais de biens de première nécessité. Lors de la grande famine du dix-neuvième siècle en Irlande, Robert Giffen a ainsi constaté que la plupart des habitants consommait de plus en plus de pommes de terre malgré leur prix croissant. Cela n’a pas toujours suffi à les maintenir en vie. Cette catastrophe a causé environ un million de morts et causé une émigration de masse. Voilà comment des sans le sou révolutionnent les connaissances en économie. Ils s’en prennent à ses plus beaux mécanismes théoriques. Honteux.

La maxime d(Voltaire) :

Les hommes ne haïssent l’avare

Que parce qu’il n’y a rien à gagner avec lui.

ABONDANCE DE BIENS NUIT CERTAINS JOURS

Pour beaucoup, l’aphorisme de Francis Blanche « mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade » est une lapalissade. Heureusement que les économistes sont là pour proposer sa remise en cause : les pays richement pourvus en ressources naturelles rencontrent parfois de telles difficultés que d’aucuns affirment qu’ils seraient même victimes d’une « malédiction ».

pétrole-indiens

Comment expliquer que des pays abondamment dotés en pétrole ou en minerais comme le cuivre, le tungstène, l’uranium, l’or, le cobalt ou encore en diamants connaissent un faible niveau de croissance économique, maintenant la majorité de la population sous le seuil de pauvreté, et soient caractérisés par un régime politique qui n’est pas réellement démocratique? La République du Congo est un cas d’école. Ce pays n’a jamais décollé économiquement malgré la richesse exceptionnelle de son sous-sol. Il est possible que la bataille pour leur appropriation, notamment le rare et stratégique coltan, nourrisse les combats entre les factions qui se déchirent aujourd’hui sur son territoire. Cependant, l’ex Zaïre n’a pas toujours été en guerre. Dirigé d’une main de fer pendant plus de 30 ans par le maréchal Mobutu, il a vécu dans un calme relatif durant cette période et la situation économique de la majorité de sa population n’était alors guère plus enviable. Que des individus fortunés ne soient pas incités à travailler est compréhensible mais qu’un pays soit plongé dans l’apathie l’est beaucoup moins.

Plusieurs arguments économiques sont susceptibles d’être invoqués pour rendre compte du phénomène. Tout d’abord, la volatilité du cours des matières premières rend les pays qui en dépendent extrêmement fragiles. Quand les cours baissent, des ressources financières viennent brutalement à manquer. La politique gouvernementale est révisée. Des projets ambitieux doivent être abandonnés. De plus, l’exportation massive de pétrole ou de minerais conduit parfois à une balance commerciale excédentaire, synonyme d’appréciation de la monnaie, laquelle obère la prospérité d’autres secteurs de l’économie. Cette problématique n’est pas spécifique aux pays en développement. Elle porte d’ailleurs le nom de « syndrome hollandais » puisque, dans les années 1960, la découverte de gisements pétroliers a pesé sur la compétitivité des entreprises industrielles des Pays-Bas. Le florin fort les pénalisait lourdement. Enfin, dernier élément, l’affectation de ressources productives à l’exploitation des richesses du sous-sol s’avère singulièrement coûteuse dans certaines circonstances.

La colonisation est intéressante à cet égard puisque les ressources naturelles se situent au départ à l’étranger. Le pillage et les massacres d’indigènes indociles sont indiscutables mais cette évidence s’accompagne d’une idée reçue qui l’est beaucoup moins : la colonisation aurait été une entreprise éminemment rentable sur le plan économique. Le recours à la soldatesque, la mobilisation de personnel administratif et la création d’infrastructures (routes, chemin de fer…) ont mobilisé des facteurs de production qui auraient pu être employés dans d’autres activités productives. Paul Bairoch a insisté sur le fait que la croissance économique des puissances coloniales a été inférieure à celle d’autres pays développés non colonisateurs entre les dix-neuvième et vingtième siècles. L’Espagne a perdu sa suprématie en Europe quand elle a envoyé des générations de conquistadors ramener des métaux précieux des Amériques quelques siècles plus tôt. Au même moment, les Néerlandais et Britanniques se focalisaient avec sagacité sur leur appareil productif.

La dimension politique ne peut être négligée dans la colonisation bien sûr. Elle ne l’est pas davantage dans la « malédiction des ressources naturelles ». En effet, toutes ces richesses suscitent des convoitises à l’intérieur des pays concernés. Des intérêts privés finissent par les accaparer à leur unique bénéfice. La rente qu’elles procurent profite à des clans et non à la collectivité. Par nature, les matières premières sont propices à toutes sortes de détournements ou de combines à l’odeur de corruption. Le scandale des « biens mal acquis » en témoigne. Des proches de dirigeants de pays situés pour l’essentiel en Afrique ont été accusés de détenir entre 100 et 200 milliards de dollars d’avoirs dans les pays du Nord ou des paradis fiscaux. En 2017, Teodorin Obiang, le vice-Président de la Guinée Equatoriale était condamné à 3 ans de prison avec sursis et à la confiscation intégrale de ses biens sur le territoire français d’une valeur estimée à 150 millions de dollars. Tous ces comportements prédateurs impliquent une organisation de la société, des institutions, peu favorables à la croissance économique et à la démocratie.

La tragédie qui a frappé les Osages dans les premières décennies du vingtième siècle est une preuve supplémentaire de la malédiction. Comme de nombreuses autres nations amérindiennes, les Osages furent obligés de se déplacer pour libérer de l’espace aux flux d’immigrants blancs qui déferlaient sur les Etats-Unis. En s’installant au bout du compte dans l’Oklahoma sur des terres peu fertiles, ils firent le pari de la tranquillité. Raté. Ils n’auraient jamais pu deviner que sous leurs pieds dormaient de fabuleuses réserves pétrolières. Leur exploitation transforma une grosse partie des membres de la communauté en millionnaires. Ils venaient de toucher le jackpot. C’est précisément à cet endroit que leur tragédie débute. Les Amérindiens étaient considérés comme des citoyens de seconde zone. Il n’était pas pensable de les autoriser à dépenser leur magot comme bon leur semblait. Des curateurs furent désignés pour les aider à gérer leur richesse.

Grâce à cette politique raciste, une industrie de l’escroquerie se mit en place et permit de dépouiller méthodiquement les nouveaux riches. Pire même. L’assassinat fut pratiqué sur une large échelle parce que, par de savantes alliances matrimoniales entre blancs et peaux-rouges, récupérer les droits de propriété devenait envisageable. David Grann relate ce scandale dans une brillante enquête. L’adaptation cinématographique que Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio tournent actuellement révèlera probablement comment un des criminels a été neutralisé mais laissera certainement de côté les dizaines de meurtres qui restent non élucidés. Il n’est évidemment pas question de douter de la sagesse de Francis Blanche, attestée en particulier par son incarnation du Sâr Rabindranath Duval. Que ses mânes se souviennent juste que les économistes sont d’infatigables poils à gratter et qu’il convient de s’en méfier…

Conseils de lecture :

Bairoch Paul, Mythes et paradoxes de l’histoire économique, Paris, La Découverte, 2005.
Grann David, La note américaine, Paris, Globe, 2018.

QUI DEMANDE UNE AMENDE POUR LES MENDIANTS ALLEMANDS ?

Alors qu’il faisait la manche, Michael Hansen a été pris la main dans le sac. Elle était tendue et ouverte afin de recevoir son obole. L’administration teutonne a vu rouge et a décidé de réduire ses allocations de trois cents euros. Le pauvre homme, c’est le cas de le dire, aurait risqué de ne plus l’être complètement s’il continuait à améliorer un peu son ordinaire grâce à la générosité du public.

mendicitéLorsque l’on se plonge dans l’histoire, il est facile de constater que la question de la pauvreté a souvent été gérée par les autorités religieuses. Dans le schéma le plus répandu, la population devait verser des taxes aux hommes de foi afin qu’ils soient libérés des contingences matérielles et puissent ainsi consacrer toute leur énergie à prier pour le salut des démunis. Puis, l’Etat a pris progressivement le relai de la religion. Dans le monde occidental, la Grande-Bretagne a été pionnière en la matière, avec l’instauration d’une succession de lois sur les pauvres (poor laws) entre le seizième et le dix-neuvième siècle. Chaque paroisse civile était responsable de fournir des moyens de subsistance à ses propres indigents. Tandis que les plus aisés étaient financièrement mis à contribution, les pauvres aptes au travail étaient assignés à des ateliers spécialisés. Dans ce système décentralisé, il n’était pas rare qu’une paroisse cherche à se débarrasser de ses pauvres en les invitant à chercher infortune plus loin. Le système de Speenhamland représente la quintessence de ces lois qui garantissaient un revenu minimal indexé sur le coût de la vie.

Après des décennies d’ardentes discussions, les lois sur les pauvres furent abolies en 1834. L’utopiste William Godwin en avait été un fervent soutien. Elles s’inscrivaient dans son projet de lutte contre les inégalités. Le pasteur anglican et père de famille nombreuse Thomas Malthus, que les questions démographiques taraudaient, lui avait rétorqué que les aides aux indigents finiraient par appauvrir toute la société. Elles les encourageraient à la paresse et seraient les causes au bout du compte d’une surpopulation générale. En conséquence, selon les mots mêmes de Malthus, l’homme sans ressources et sans travail était « de trop ». Le système économique s’autorégulerait par la mort des inutiles… à condition cependant que l’Etat ne s’amuse pas à offrir des allocations à ceux qui n’étaient pas invités « au grand banquet de la nature ». Ce genre de raisonnement a valu à l’économie d’être qualifiée par Thomas Carlyle de « science lugubre ». Les conclusions des économistes libéraux sont moins implacables de nos jours mais les termes du débat n’ont pas réellement changé. D’ailleurs, et peut-être pour rester fidèle à la parole de Malthus, leur mantra favori est « il n’y a pas de repas gratuit » (there is no free lunch).

D’aucuns détectent des craquelures dans son redressement spectaculaire mais nul ne conteste que l’Allemagne s’est lancée dans une politique libérale depuis le début des années 2000. Les réformes Hartz, qui visaient à flexibiliser le marché du travail et à remettre les chômeurs au travail littéralement à tout prix, l’incarnent à merveille. Les libéraux souhaitent en fait que personne ne vienne détraquer la belle mécanique du marché. Le mouvement affriolant des courbes d’offre et de demande qui s’entrecroisent les met en transe. En cela, le marché du travail n’est pas différent de celui des tondeuses à gazon. Dans cette perspective, les réglementations publiques sont perçues comme des entraves au bon fonctionnement de l’économie. C’est pourquoi le « travail au noir » est habituellement regardé avec indulgence par ces mêmes libéraux. Comme l’observe Hernando de Soto, l’économie informelle se nourrit de ces contraintes que l’Etat impose et qu’il conviendrait d’éradiquer. La mendicité entre indiscutablement dans la catégorie des activités non déclarées. Comment alors comprendre que, dans un pays aussi libéral, un mendiant soit persécuté de la sorte?

Il existe une première réponse à cette question. L’administration allemande serait guidée par sa propre logique qui ne doit pas être confondue avec celle de son gouvernement. En exigeant de Michael Hansen qu’il tienne un journal de son activité de « collecte de dons privés », elle obéirait à des critères de rationalisation, sans état d’âme. L’efficacité serait son unique préoccupation. A cette fin, le Jobcenter a même été amené à évaluer le montant des sommes perçues par le mendiant à 300 euros par mois, 10 euros pendant trente jours. Ce que le travailleur non déclaré a contesté en affirmant qu’il était plutôt question de 120 euros, 6 euros pendant vingt jours. Pour rester dans cet univers kafkaïen, nous suggérerions bien à l’administration d’embaucher des chômeurs à des tâches de contrôle des sommes encaissées par les mendiants. Elle ferait coup double, obtenant davantage de précision dans les cases à cocher avec des créations d’emploi à la clé.

Toutefois, cette explication « fonctionnaliste » n’épuise pas le sujet. Il faut se souvenir de l’analyse d’Herbert Spencer sur les bienfaits du capitalisme, sur les valeurs civilisatrices qu’il véhicule. A la fin, se projette-t-il, les hommes seront tellement conditionnés à faire preuve de bonté les uns envers les autres que l’acte suprême d’altruisme consistera à laisser son voisin faire le bien à sa place. Une sorte de renoncement ultime. Plus près de nous, le « capitalisme compassionnel », qui était à la mode durant la présidence de George W. Bush fils, a repris le flambeau dans la même direction : la croissance des inégalités permet aux nantis d’accomplir plus facilement leur devoir moral envers les défavorisés. L’intervention de l’administration allemande est susceptible d’être interprétée à l’aune de ces approches humanistes. Les passants qui donnent une pièce aux mendiants rendent les allocations versées par l’administration moins vitales. Ils entreraient donc en concurrence avec cette dernière qui, elle aussi, désire plus que tout aider les faibles. L’administration exercerait alors des pressions sur les mendiants afin qu’ils choisissent leur bienfaiteur. Cette fois, l’argument repose sur « l’intentionnalité ».

Conseils de lecture :

De Soto Hernando, L’autre sentier, Paris, La Découverte, 1994.
Polanyi Karl, La grande transformation : Aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, 2009.