CONFINEZ, CONFINEZ, IL EN RESTERA TOUJOURS QUELQUE CHOSE !

Je confine, tu confines… ils ou elles confinent … confine, oh gars ! Bref, les Français ont été plongés dans un état de confinement. Le mot donne pourtant matière à réflexion. Il y a une contradiction évidente entre les termes « con » et « finement ». Or, il n’est jamais confortable de se trouver à l’intérieur d’un oxymore. D’où la volonté d’en sortir.

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Nul besoin de convoquer des revues scientifiques où des chercheurs en blouse blanche présentent les résultats des expériences complexes qu’ils ont menées en posant des électrodes sur les tempes de cobayes à moitié consentants. La vie quotidienne – enfin… avant le confinement – offre nombre de situations qui autorisent à tirer des leçons par rapport au problème du confinement. Vous êtes sur une autoroute. Un panneau vous indique un ralentissement à venir. Un grave accident s’est produit un peu plus haut. Un petit rigolo vous double juste une seconde avant l’entrée dans la zone de décélération pour profiter jusqu’au bout. OK. Puis vous roulez à 60 km/h pendant quinze kilomètres, une éternité, d’autant plus que, lorsque vous passez devant les épaves, c’est vous-même qui freinez en espérant capter quelque image saisissante. La fin de la zone maudite se rapproche. Vous sentez alors que cela s’anime derrière vous. Les conducteurs sont pressés. Ils ont gaspillé assez de temps. Alors, on lâche les chevaux. Même la petite bagnole cabossée qui ne dépassait pas le 100 quand vous l’avez doublée se joint à la fête. C’est elle qui vous double cette fois. Cette sarabande rend la route beaucoup plus périlleuse.

Les similarités avec notre confinement sont frappantes. Les Français piaffent d’impatience entre leurs quatre murs. Pire, quand elles ne sont pas totalement à l’arrêt, les entreprises tournent au ralenti et voient fondre leur chiffre d’affaires. Tout ce petit monde n’attend que le signal de la libération pour rattraper le temps perdu. Les coups de klaxon se multiplient. Plus vite, plus vite. Le patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux a imploré les chefs d’entreprise à reprendre le travail sans attendre la fin du déconfinement… euh oui, en respectant les règles sanitaires, et patati et patatère. Plus que cela, il a préconisé de retirer les obstacles à un allongement de la durée du temps de travail hebdomadaire – dans les secteurs essentiels, c’est déjà le cas d’ailleurs. La coupure dominicale et les repos compensateurs sont sur la sellette. Les Français se sont suffisamment reposés après tout. Ah, s’il était possible de faire passer la journée de 24 à 25 heures. C’est sur la base de tels raisonnements que les économistes les plus optimistes ont espéré un temps une reprise de l’activité en « V ».

Il y a certes des conducteurs qui, en passant devant les carcasses encore fumantes des véhicules accidentés, se plongeront dans une réflexion sur les ravages de la vitesse au volant mais ils ne représentent pas la majorité de l’espèce. L’impréparation de l’Etat face à la pandémie serait pourtant une formidable occasion de déboucher sur un consensus à propos de l’échec des politiques publiques obsédées par les réductions de coûts. C’est loin d’être toujours le cas. Pour le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, le covid-19 témoigne au contraire de l’échec de l’Etat-Providence, de la faillite du progressisme. Taïaut et re-taïaut ! Dans le même ordre d’idée, puisque les panneaux de signalisation n’empêchent pas la mortalité sur les routes, autant les supprimer complètement, non ? Mais c’est bien sûr… Ce qui oblige à doucher l’enthousiasme de ces personnes très pressées est la situation sanitaire qui n’est guère reluisante. Les conditions du déconfinement à venir n’incitent pas réellement à la forfanterie.

Le président de République, qui semble plutôt au courant de l’état des lieux, a décidé de prolonger la durée du confinement – et pour un moment. Il ne faut surtout pas oublier que, dans une vie antérieure, Emmanuel Macron s’est révélé sous les traits d’un talentueux homme de théâtre. Il sait pertinemment que le secret des maîtres du suspense consiste en leur capacité à créer un effet de surprise ou à laisser la porte ouverte à d’éventuels renversements. Dans un combat entre un éléphant et une souris, une musique de fond stressante ne fera pas frissonner le téléspectateur. C’est pourquoi il était ridicule de continuer à annoncer des extensions de 15 jours en 15 jours. Seuls les plus candides croyaient sérieusement que le confinement s’interromprait au bout de la période sans compter que les effets sur leur moral ne pouvaient qu’être délétères : tous ces gens risquaient fort de céder au découragement. Voilà, au moins c’est dit, nous serons confinés au-delà du premier mai, comme les Italiens et les Espagnols, avec lesquels la France partage de nombreuses caractéristiques, plus qu’avec l’Allemagne hélas et qu’avec les Etats-Unis heureusement.

Pour sortir du confinement, un des préalables est de vider les hôpitaux, et même idéalement de permettre aux personnels soignants entièrement rincés de se retaper quelque peu, cela pour pouvoir accueillir la deuxième vague avec quelque énergie. On peut supposer que du matériel médical sera également disponible, que les plus fragiles seront mieux protégés et que les porteurs du virus seront rapidement dépistés puis isolés. De surcroît, rien n’interdit de rêver à des progrès dans le traitement des malades, voire à un coup de main décisif des grandes chaleurs. Toutefois, que l’on ne s’y trompe pas, l’objectif n’est pas de gagner un match qui a été perdu en fait dès le coup d’envoi. L’idée est de figurer plus intelligemment durant la deuxième partie de la rencontre – évitons le mot « mi-temps » puisque rien ne dit que le match ne se disputera pas en tiers-temps ou en quarts-temps. A cet égard, la stratégie de déconfinement progressif sera instructive. Le scénario retenu sera-t-il de permettre aux bolides de rouler à 130 km/h le plus rapidement possible ou intègrera-t-il certaines leçons sur la cécité d’un système tourné exclusivement vers le profit ? Pourquoi va-t-on renvoyer  en priorité les plus petits à l’école ? Pour que les parents puissent repartir travailler évidemment. Vroum-vroum. On entend déjà les moteurs.

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